Le lexique au XIe siècle

Le superstrat francique apparaît de manière particulièrement nette dans le lexique de la langue du XIe siècle.

Des mots celtiques et franciques avaient supplanté des mots de souche latine dans les domaines où les civilisations gauloise et franque s'étaient révélées supérieures à la civilisation latine. Le francique a ainsi offert à la langue française de nombreux mots ayant trait à la guerre. Le XIe siècle ayant par ailleurs vu se développer, en littérature, un grand nombre de chansons de geste, c'est-à-dire un grand nombre de récits où sont rapportés des faits guerriers, on trouve dans ces récits de nombreux mots d'origine francique qui ne se retrouvent plus dans le français d'aujourd'hui.

Ainsi on trouve, dans la Chanson de Roland, l'un des plus célèbres romans d'aventure de cette époque, à côté des mots guerre, guetter, blesser, hache, haubert et heaume, autant de mots qui ont traversé tels quels les siècles, des mots comme garnemens (de *warnjan, ‘protéger', ‘prendre garde' ® ‘défense', ‘équipement'), sor (de *saur ‘roux') ou eschec (de *schâch ‘butin') qui nous déroutent par le fait que leur sens a considérablement évolué (par exemple, le garnement est devenu celui qui est mal équipé), qu'ils ont disparu purement et simplement de l'usage (c'est le cas de sor) ou qu'ils ont disparu du fait d'une collision synonymique (le mot échec que nous avons conservé et qui désigne un jeu ou une défaite est d'origine arabo-persane et a été introduit dans la langue à la même époque que son homonyme d'origine francique).

Le lexique français du XIe siècle s'est en outre enrichi de quelques mots de la langue norroise, mots apportés par les Vikings ou Northmans, hommes venus du nord de l'Europe et installés en Normandie en 911 par un roi Charles III incapable de repousser ces envahisseurs.

L'assimilation linguistique des vainqueurs vikings s'est faite rapidement (la langue des Vikings ne survécut pas en Normandie au-delà du Xe siècle) : leur héritage linguistique en français, sous la forme d'un superstrat, se limite à moins d'une cinquantaine de mots, essentiellement en rapport avec le domaine maritime (bidon, crabe, duvet, flâner, griller, homard…) — encore une fois, le domaine dans lequel ces Vikings se révélaient supérieurs aux Francs ou Français.