Le lexique au XIVe siècle

Des mots latins sont réapparus dans la langue française au XIIe siècle déjà, par le biais de l'entreprise de traductions des textes religieux et scientifiques — la relatinisation du français, c'est-à-dire la réintroduction dans la langue française de mots latins sous une forme n'ayant pas subi l'usure naturelle du temps, se poursuit au fil des siècles suivants.

Au milieu du XIVe siècle, sous l'impulsion des érudits, les latinismes envahissent complètement la langue française. Sous l'influence de Charles V, on intensifie dès la fin du XIVe siècle la traduction en langue française des textes importants de l'Antiquité et du Code Justinien ; ce travail intensif de traduction entraîne de nombreuses créations lexicales. La plupart des latinismes créés à cette époque ne connaissent qu'une vie très courte et sortent très tôt de l'usage (intellectif , médicinable, suppécliter…), seuls quelques-uns traversent les siècles sans encombres (déduction, altercation, incarcération, prémisse…).

Le fait le plus notable dans le domaine du lexique du XIVe siècle est l'élimination de nombreux termes relevant en propre des patois ou dialectes, c'est-à-dire de termes propres à la manière de parler de zones géographiques relativement peu étendue, ce que nous appelons techniquement des régionalismes. Cet appauvrissement du lexique en régionalismes va de pair avec l'estompage progressif du marquage dialectal du français, c'est-à-dire avec l'uniformisation de la langue française, vers laquelle celle-ci marche inexorablement.

Ainsi, si les latinismes viennent enrichir le lexique français, celui-ci s'appauvrit en termes propres.