Le lexique du latin vulgaire

Le lexique du latin populaire se différenciait de celui du latin classique en ce qu'il était plus imagé et incorporait de nombreux termes familiers. Tout comme à l'heure actuelle, il y a en français une différence de registre entre un livre et un bouquin, entre une voiture et une bagnole, entre boire et picoler… de même il y avait alors une différence de registre entre equus et caballus, pulcher et bellus, potare et bibere, entre ferre et portare,entre edere et manducare

Le français dérivant de la variété populaire du latin, héritera ce vocabulaire imagé, dont les mots subiront l'usure naturelle du temps (c'est-à-dire dire des transformations phonétiques : caballum > cheval, bellum > beau, bibere > boire, portare > porter…).

Le latin vulgaire a par ailleurs développé une suffixation propre des adverbes. Le latin classique disposait de différents procédés pour translater des adjectifs : carumcare, aceracriter, crebercrebo… Ces procédés seront uniment abandonnés en latin vulgaire au profit d'une suffixation en –mente, ce suffixe étant en fait à l'origine l'ablatif du nom féminin mens : LC care → LV caramente, LC acriter → LV acramente… Le processus est déjà en germe en latin classique — il est notamment attesté chez Catulle :

Exemple
Nunc iam illa non vult; tu, quoque, impotens, noli
Nec quae fugit sectare, nec miser vive
Sed obstinata mente perfer, obdura.
(Poésies, VIII)
Trad. : Précisément maintenant, elle ne [te] veut plus ; toi aussi, faible de cœur, cesse / de poursuivre celle qui te fuit et ne vis pas malheureux, mais supporte jusqu'au bout obstinément (‘d'un esprit résolu'), tiens bon.

Ce nouveau mode de formation des adverbes essaimera dans toute la Romania.