LA MORPHOLOGIE NOMINALE AU XVIe SIÈCLE

La morphologie nominale ne connaît que peu de modifications au cours du XVIe siècle.

1.    Les noms

La phonétique avait fait évoluer de manière divergente le singulier et le pluriel de certains noms — en cause ici la désinence –s, résistante jusqu'au XIIIe siècle et par là susceptible de conditionner l'évolution des phonèmes antécédents. L'analogie va jouer au XVIe siècle, où on va reconstruire des couples singulier-pluriel homogènes :

2.   Les articles

Le domaine de l'article est peut-être au XVIe siècle le plus touché dans le secteur de la morphologie nominale.

L'article contracté ou disparaît (sans doute en raisons de collisions homonymiques avec le relatif et le coordonnant) et est remplacé par au ou par dans le, selon le cas.

Le pluriel uns de l'article un régresse, sans pour autant sortir tout à fait de l'usage :

Exemple
Il escripvit unes lettres au roy de France qui estoit encores a Milan […].
(Jacques de Mailles, Le chevalier sans paour et sans reprouche, f. 34r)

La langue du XVIe siècle tend en outre à réduire l'article de type du à la seule forme de, au singulier et parfois au pluriel, et notera d'eau / d'huile, là où précédemment on notait de l'eau / de l'huile. Le XVIIe siècle reviendra toutefois à la situation antérieure, celle que connaît encore la langue actuelle :

Exemple
Prendrés de ceruse de Venise le poix de trois onces, & la donnerés a un paintre qu'il la broye fort sur son marbre avec d'eau rose […].
(Nostradamus, Opuscule, p. 32)

3.   Les adjectifs

Dans le domaine adjectival, les adjectifs de la 2e classe, à féminin indifférencié, connaissent leurs derniers moments de résistance au processus analogique :

Exemples
Adonc adviserent ledict Merlin, et luy firent honneur comme a leur souverain seigneur : puis Merlin leur fist grant chere […]
(Rabelais, Gargantua (1re v.), p. 4)
Grant Gosier et Galemelle s'en vont a la chasse pour oublier l'ennuy qu'ilz anoyent de Merlin, ou ilz trouverent une grande trouppe de cerfz.
(Rabelais, Gargantua (1re v.), p. 5)

Les adverbes en –ment dérivés de ces adjectifs tendent à être refaits par analogie à ceux dérivés d'adjectifs de la 1re classe (exactement comme les adjectifs de la 2e classe s'alignent sur ceux de la 1re).

Exemple
AF grant > MF grande
d'où
AF granment > MF grandement

Seules avorteront les tentatives du XVIe siècle de refaire les adverbes en –amment/–emment, formés à partir des formes verbales en –ant ; les créations en –antement/–entement ne dépasseront pas le XVIe siècle, à l'exception de présentement et véhémentement :

Exemples
meschamment → meschantement
ardemment → ardentement

4.   Les pronoms

Enfin, dans le domaine pronominal, on observe à cette époque une tendance, limitée, à substituer ils à elles, c'est-à-dire à neutraliser le genre du pronom au pluriel pour toutes les personnes (il est neutralisé dès l'origine pour nous et vous).

Héritage de l'ancien français, le pronom qui peut à cette époque toujours s'employer en lieu de que + il, de même que la forme que peut être utilisée, dialectalement, pour qui.

Exemple
Messeigneurs il ya dix ans qui ne nous vint si belle adventure.
(Jacques de Mailles, Le chevalier sans paour et sans reprouche, f. 38v)