LA MORPHOLOGIE NOMINALE DU LATIN CLASSIQUE

Ne sont retenus ici que les éléments saillants, en mettant surtout l'accent sur les spécificités qui sont pertinentes dans une optique diachronique, c'est-à-dire sur celles qui seront déterminantes dans le passage du latin au français.

1.   Le nom

Le nom latin se décline en cas, genre et nombre. Il en va de même des pronoms, qui s'alignent pleinement, pour la plupart, sur les noms.

1.1.   La déclinaison casuelle

L'une des principales caractéristiques du système nominal latin est sa déclinaison casuelle ou flexion en cas. Le cas est un trait grammatical qui exprime la fonction syntaxique et prend ici la forme d'une marque suffixale, appelée désinence.

Les cas latins sont au nombre de six : nominatif (fonction sujet), vocatif (fonction d'interpellation), accusatif (fonction objet), génitif (fonction déterminative), datif (fonction d'attribution) et ablatif (fonction circonstanciel).

L'opposition entre les différentes désinences qui permettent d'identifier le cas d'un nom peut revêtir différentes formes :

muri (gén.) >< muro (abl.)

causam (acc. sing.) >< causas (acc. plur.)

causă (nom.) >< causa (abl.)

ces différents traits différenciateurs pouvant être cumulés :

murum (acc. sing.) >< muros (acc. plur.)

L'adjonction de la désinence flexionnelle peut entraîner des variations du radical, dont la plus courante est la différenciation syllabique :

homo (nom.) >< hominis (gén.)

Les noms sont répartis en cinq paradigmes de déclinaison, selon que le thème (c'est-à-dire le radical et les affixes autres que les désinences, qui constituent la partie stable du mot) est vocalique ou consonantique et selon le type de désinence retenu, le tout constituant un système cohérent, mais relativement complexe.

1.2.   Le genre

Le latin classique reconnaît aux noms trois genres distincts : le masculin, le féminin et le neutre.

Des hésitations relatives au neutre se manifestent dans la coexistence pour certains noms neutres d'un double paradigme de déclinaison, celui propre au neutre et celui du masculin (dorsum vs dorsus, uterum vs uterus…).

1.3.   Le nombre

Le latin classique reconnaît aux noms essentiellement deux nombres : le singulier et le pluriel. Des traces sporadiques du duel (pluriel pour les éléments qui vont par paire), vestige du latin archaïque, se manifestent notamment dans l'existence des mots duo (‘deux dans un ensemble de plus de deux') ou ambo (‘deux dans un ensemble de deux')

2.    Les adjectifs

Les adjectifs s'alignent, du point de vue de la morphologie, sur le nom, à ceci près qu'ils se répartissent selon deux paradigmes de déclinaison, là où le nom en connaît cinq. Le premier paradigme connaît les mêmes oppositions en cas, genre et nombre que les noms ; le second en revanche ne démarque pas les formes féminines des formes masculines et ne produit de formes neutres distinctives qu'au singulier.

Deux particularités doivent en outre retenir l'attention :

  1. le paradigme de l'adjectif simple ne détermine pas le paradigme des dérivés comparatifs et superlatifs : les comparatifs se déclinent suivant le second paradigme et les superlatifs selon le premier paradigme, quel que soit le paradigme dont relève la forme de base ;
  2. les adjectifs numéraux ne se déclinent pas, à l'exception de : unus, duo, tres et milia.