LA MORPHOLOGIE VERBALE AU XVIe SIÈCLE

Le XVIe siècle accuse les tendances que l'on a vu se dessiner au XVe siècle, au plan aussi bien des désinences et des radicaux que de la formation de périphrases.

1.   Les désinences

Dans le domaine des désinences verbales, la tendance à l'élimination de la désinence ø s'accuse, même s'il existe encore de nombreuses formes de 1re personne du singulier sans désinence :

Exemple
Picquet mon amy je croy que vous partirez demain plus matin que ne seray levé, a dieu vous command.
(Jacques de Mailles, Le bon chevalier sans paour et sans reproche, f. 10v)

Des hésitations subsisteront jusqu'au XVIIe siècle.

À la 3e personne du singulier, pour les verbes terminés par un –e, par analogie aux formes qui ont une désinence –t, un –t de transition peut apparaître à l'oral.

Les désinences de l'imparfait et du futur du passé demeurent hésitantes à la 1re personne, où le –e peut subsister :

Exemples
Helas mon dieu si je scavoye comment me mettre en ordre tant voulentiers je toucheroye a ses escuz […]
(Jacques de Mailles, Le bon chevalier sans paour et sans reproche, f. 6v)
[…] car si j'avoye seulement la moytié de cela jamais n'avroye faulte de biens & serois homme de bien toute ma vie.
(Jacques de Mailles, Le bon chevalier sans paour et sans reproche, f. 27v)

À la 3e personne du pluriel toutefois, la forme sans –e– apparue au siècle précédent est écartée (elle pouvait induire une prononciation nasalisée de la voyelle antécédente), seule subsiste la désinence –oient.

La forme en –iens de la 1re personne du pluriel est éliminée au subjonctif, où se généralise la finale –ions, issue du croisement de –ons et –iens.

À la 3e personne du pluriel du passé, une tentative d'aligner les formes sur le reste du paradigme et d'adopter une désinence –arent se fait jour :

Exemple
Du quel faisant lever les fosses, toucharent les piocheurs de leur marres ung grand tombeau de bronse, long sans mesure, car oncques n'en trouvarent le bout, par ce, qu'il entroit trop avant les excluses de Vienne.
(Rabelais, Gargantua (2e v.), p. 11)

Elle ne passera pas le cap de ce siècle.

Les formes du passé à –d– épenthétique résistent encore quelque peu à l'analogie :

Exemple
Ilz vindrent longuement parlans ensemble, & tellement que le seigneur de Ligny gecta son œil sur le jeune Bayart […]
( Jacques de Mailles, Le bon chevalier sans paour et sans reproche, f. 4r)

Cette époque voit aussi se développer un « échange » de désinences en –a- et en –i– pour les verbes au passé (il tombit, il responda). En revanche, à la fin du siècle, les formes analogiques du subjonctif imparfait à vocalisme en –i– sont écartées définitivement au profit des formes héréditaires en –a– :

  AF MF fin XVIe
Singulier 1re pers. chantasse chantasse chantasse
2e pers. chantasses chantasses chantasses
3e pers. chantast chantast chantast
Pluriel 1re pers. chantissons chantassiens chantassions
chantissiens chantissiens
2e pers. chantisseiz chantissiez chantassiez
chantissoiz chantassiez
chantissez  
3e pers. chantassent chantassent chantassent

Les participes en –u poursuivent leur progression : resolt est refait en resolu, mors en mordu.

2.   Les radicaux

Depuis le XIVe siècle, le processus analogique agit dans la voie de l'uniformisation des radicaux des verbes.
Quelques alternances vocaliques subsistent encore au XVIe siècle pour les verbes à infinitif en –er (je treuve >< nous trouvons), alors que pour les autres l'uniformisation est totale ; certaines uniformisations ne seront toutefois que transitoires (je dois / nous doivons).

3.   Les périphrases

Le XVe siècle a développé un futur périphrastique en aller + infinitif, en passe de s'installer définitivement dans la langue (la périphrase concurrente en vouloir + infinitif est éliminée).

Le XVIe siècle développe diverses périphrases, dont une périphrase estre aprés + infinitif marquant la progression, une périphrase qui ne survivra toutefois pas à ce siècle et sera supplantée au XVIIe par estre en train de.