LA MORPHOLOGIE VERBALE AU XVIIe SIÈCLE

L'amuïssement des consonnes finales depuis le XIIIe siècle, a fait sentir ses effets dans le domaine de la morphologie nominale comme dans celui de la morphologie verbale, où les consonnes finales sont majoritairement des consonnes désinentielles (exclusivement même depuis la généralisation de la désinence –e à la 1re personne du singulier). Ce processus phonétique a en effet engendré en moyen français de multiples hésitations sur la manière de transcrire les finales [e] homophones pour l'infinitif, le participe et certaines formes du présent, voire les finales [i], homophones pour l'infinitif, le participe et certains passés.

Exemple
Prener vostre mouton et le tailliez par morceaulx puis le mecter souffrire en sain de lac et oignons aveques en ung pout couvert sur les charbons et houchez souvent puis quant il sera bien souffrir mecter dedans de vo boillon du beufz et lessiez boulir puis adjouster vin verjus paressy saulge ysouppe et du saffrain qui le veult et tout ce faicte boulir ensamble jusque ad ce qu'il soit cuit […]
(Le Viandier Taillevent conservé à la Bibliothèque Mazarine, texte du XVe siècle)

Ces hésitations graphiques donnaient l'image, fausse, d'hésitations formelles. La restitution au XVIIe siècle de la prononciation des consonnes finales visait essentiellement à désambiguïser les formes verbales ; les graphies suivront, mais plus lentement : de nombreux textes de l'époque montrent qu'on hésite encore à la 2e personne du pluriel entre une transcription <ez> et une transcription <és> de la désinence, la seconde maintenant pour certains verbes l'homographie avec le participe (au masculin pluriel).

Les formes sans désinence de la 1re personne du singulier du présent se font de plus en plus rares.

Dans le domaine de l'imparfait, le –e héréditaire des désinences disparaît complètement à l'écrit, sauf pour la 3e personne du plurie.

La force analogique qui avait fait progressivement renoncer à certaines des multiples alternances de radical dans la conjugaison du verbe en moyen français aboutit au XVIIe siècle. Les alternances syllabiques et consonantiques sont alors totalement abandonnées ; ne subsistent plus que les alternances vocaliques, pour une partie seulement des verbes concernés depuis l'ancien français.

Les Académiciens établissent l'opposition entre un participe présent invariable et un adjectif verbal variable, inconnue de l'ancien français, cautionnant la différence fonctionnelle par des différences formelles — participe présent en –ant vs adjectif verbal en –ent — alors que les deux formes étaient à l'origine tout à fait polyvalentes et interchangeables.