LA MORPHOLOGIE VERBALE DU PROTOFRANÇAIS

Même si nous disposons d'un matériau linguistique plus consistant pour décrire le protofrançais que pour le latin vulgaire et le gallo-roman, la description du système verbal de l'époque reste malaisée.

La désinence de 1re personne du pluriel –umus supposée en gallo-roman ne semble pas encore s'être forgée, si l'on en juge par le Séquence de Sainte Eulalie :

Exemple
Tuit oram que por nos degnet preier.

En revanche, la Séquence montre la généralisation de la désinence –ent à la 3e personne du pluriel (Uoldrent, getterent). Elle nous montre encore qu'en dépit d'un amuïssement supposé précoce1, le –t de la 3e personne du singulier précédé d'une voyelle se maintient dans la graphie (auret, eskoltet, raniet…).

Les Serments de Strasbourg nous montrent également deux futurs de formation romane (saluarai, prindrai) à côté d'un futur hérité du latin (er). La Séquence y ajoute la première attestation d'un futur du passé de formation romane :

Exemple
Melz sostiendreiet les empedementz / Qu'elle perdesse sa virginitet.

Le Sermon sur Jonas atteste une forme verbale composée de l'auxiliaire avoir et du participe :

Exemple
de cest pagano nos liberat chi tanta mala nos habuit fait

avec une valeur claire d'accompli.

1    Les consonnes finales ne s'amuïssent de manière générale qu'au XIIIe siècle.