LA MORPHOSYNTAXE ET LA SYNTAXE AU XVe SIÈCLE

La disparition de la déclinaison bicasuelle a pour corollaire le développement des articles.

Au XVe siècle, c'est surtout l'article de type le qui gagne en extension ; jusqu'alors en usage devant les noms qui renvoient à des entités concrètes, en emploi spécifique, il apparaît désormais devant les noms génériques et devant les noms propres.

La place devant le nom tendant de plus en plus à être saturée par l'article, l'adjectif qualificatif qui s'antéposait ou se postposait librement (on disait à l'époque la Rouge Mer aussi bien que la Mer Rouge) tend de plus en plus à se postposer. L'article véhiculant des informations de nombre jadis dévolues à la morphologie, les autres termes de numération tendent à adopter la même position que lui et à s'antéposer au nom, alors qu'ils pouvaient jusqu'alors se postposer librement (on peut encore trouver au XVe siècle des hommes vint). La disposition des déterminants du nom au sein du groupe nominal évolue ainsi progressivement vers celle qu'adoptera la langue moderne — des facteurs phonétiques étant une fois encore à l'origine de l'évolution.

La phrase, qui s'est affranchie de la métrique au XIVe siècle, devient de plus en plus complexe ; on se perd dans les méandres des phrases d'un Antoine de la Salle ou d'un Jean Molinet.

Le sujet syntaxique s'étant substitué au topique pour saturer la place devant le verbe, la langue recourt à des moyens nouveaux pour marquer la topicalisation. Le focalisateur c'est…qui / c'est…que, connu dès l'ancien français, gagne ainsi en fréquence à partir du XVe siècle.

Autre fait notable, les noms qui depuis le XIe siècle constituent avec ne un morphème négatif discontinu achèvent au XVe siècle leur processus de désémantisation et par là leur grammaticalisation. Ils deviennent des auxiliaires incontournables du morphème ne qui se fait de plus en plus rare comme simple morphème négatif (ses emplois sans forclusif se limitant progressivement à des emplois comparatifs et explétifs). Au plan lexical, le XVe siècle marque une nette prédilection pour la combinaison ne…point et renonce à oncques au profit de jamais (deux adverbes qui jusqu'alors se partageaient deux pans distincts de la représentation temporelle, oncques étant réservé au passé, jamais au futur, une opposition désormais neutralisée).