LA MORPHOSYNTAXE ET LA SYNTAXE AU XVIe SIÈCLE

Au XVIe siècle, l'article de type le poursuit son extension et s'affiche siècle devant les noms abstraits. L'usage des articles est désormais généralisé, les seules zones de résistance étant constituées par les pluriels et les énumérations.

Même si la syntaxe de la phrase moderne peut-être considérée comme acquise, on observe au XVIe siècle une tendance à la suppression du pronom sujet, peut-être sous influence latinisante, ce siècle étant un siècle où l'on redécouvre les grands textes latins. Ronsard, bien qu'il l'omette fréquemment lui-même dans ses écrits, en recommande l'emploi.

Clément Marot fixe la règle d'accord du participe employé avec avoir :

(Clément Marot, cité par Livet 1859 : 257-258 d'après Ramuz)

Jusqu'alors, personne ne s'était préoccupé de fixer les règles d'accord pour le français. En moyen français, tout comme en ancien français, un mot — adjectif, participe ou verbe —, est généralement accordé avec le mot le plus proche auquel il peut être rapporté, et si ce mot est trop éloigné ou s'il n'a pas encore été formulé, écrit ou imprimé, l'accord ne se fait pas, sans qu'on y voie une quelconque infraction à l'essence de langue. La codification de l'usage pour le participe, formulée par Marot, sera reprise par Ramus et passera à la postérité : une fois la règle formulée, on n'en changera plus. L'évocation d'un exemple italien dans la formulation par Marot de la règle d'accord du participe français doit par ailleurs retenir l'attention. L'influence culturelle de l'Italie, qui touche tout le XVIe siècle français et se marque nettement dans le lexique, se marque en revanche peu dans la syntaxe de la langue française, qui intègre toutefois occasionnellement quelques italianismes : la règle d'accord du participe passé selon Marot en est un des rares exemples.

Les grammairiens, de plus en plus nombreux à mesure que l'on progresse dans le siècle, se chargent plus généralement de codifier la langue ; sa syntaxe ne fait pas exception. Le XVIe siècle sera pourtant le théâtre d'un grand nombre d'innovations syntaxiques, même si beaucoup ne survivront pas au moyen français. Parmi elles, on peut noter plus particulièrement la place d'honneur offerte aux formes verbales en –ant, dont l'usage s'étend, peut-être encore sous l'influence du latin, à de nombreuses constructions. D'une manière générale, les formes non finies du verbe sont à l'honneur. Le participe et la forme en –ant sont très prisés dans un calque de l'ablatif absolu latin (popularisé par les traducteurs) :

Exemples
[…] car c'est la chose en ce monde dont j'ay le plus grant desir, & espere aydant la grace de dieu ne vous faire point de deshonneur […]
(Jacques de Mailles, Le bon chevalier sans paour et sans reproche, f. 1v)
[…] aprés graces dictes le bon vieillart seigneur de Bayart commencea ainsi ces parolles […]
(Jacques de Mailles, Le bon chevalier sans paour et sans reproche, f. 2r)
Sa venue sceue par le bon chevalier, luy alla faire la reverence […]
(Jacques de Mailles, Le bon chevalier sans paour et sans reproche, f. 12r)

alors que l'infinitif est impliqué dans un calque de l'infinitif absolu grec.

L'infinitif, conservant son statut de nom, peut par ailleurs toujours se doter d'un article, de compléments du nom, etc. :

Exemple
Et telle fut la fortune des deux cappitaines que au descendre d'ung tertre se vont veoir les ungs les autres environ la portee d'ung canon.
(Jacques de Mailles, Le bon chevalier sans paour et sans reproche, f. 22r)