LA MORPHOSYNTAXE ET LA SYNTAXE AU XVIIe SIÈCLE

L'activité grammairienne née au XVIe siècle s'intensifie au XVIIe, avec comme conséquence un influence marquée sur la langue qui se standardise à tous les niveaux — prononciation, lexique, formation des mots, syntaxe : c'est qu'il s'agit pour cette époque de fixer la langue dans l'état de perfection qu'on imagine qu'elle a atteint.

1.   Le syntagme nominal

Dans le domaine nominal, l'article est désormais généralisé, sauf en présence d'un déterminant de sens indéterminé (tout, mesme, autre, tel mais un chacun). L'article tend même à s'introduire devant le nom propre de personne dans la langue populaire.

Charles Maupas édicte la règle qui restreint l'emploi de l'article partitif réduit à de au nom précédé de l'adjectif (du raisin >< de bon raisin).
Les démonstratifs celuy et cestuy, condamnés comme déterminants par les grammairiens, subsistent dans leurs seuls emplois pronominaux. La forme ce voit dès lors étendre ses emplois, comme déterminant (au détriment de celuy et cestuy) et, dans une moindre mesure, comme pronom.

Les adjectifs peuvent faire l'objet de nominalisations (le doux, le tendre) — un processus mis au goût du jour par les précieux.

2.   Le syntagme verbal

Dans la langue du XVIIe siècle, un même verbe peut construire diversement son objet sans qu'il en résulte de différences sémantiques fondamentales (commencer de / commencer à ; échapper / échapper de / échapper à), même si les grammairiens formulent des jugements de valeur sur ces constructions et tendent à en élire une au détriment des autres (commencer à plutôt que commencer de par exemple). Charles Maupas essaie de codifier les choses lorsque l'objet est un infinitif (penser à faire va progressivement être opposé à penser de faire et penser faire).

Les moyens d'expression de la voix ne sont toujours pas clairement identifiés ; de nombreux verbes admettent, dans le prolongement de l'ancien français, une construction pronominale lorsque le sujet est identifié comme patient : se partir, s'éclater, se mourir.

Dans les périphrases verbales, le pronom clitique objet tend de plus en plus à se positionner devant l'infinitif auxilié et non plus devant le verbe auxiliant, même si c'est cet ordre que continue de préférer Vaugelas.

La langue populaire tend à abandonner ne dans le morphème ne…pas, signe que pas s'est désormais chargé d'une valeur pleinement négative qu'il n'avait pas originellement.

3.   Les autres secteurs de la morphologie

La distinction morphosyntaxique entre adverbes et prépositions commence à se faire au XVIIe siècle : les formes préfixées en de– se spécialisent comme adverbes (dessus, dessous, dedans), les formes simples comme prépositions (sus ou sur, sous, dans).

L'invariabilité de l'adverbe est prescrite.

4.   La phrase

L'ordre des mots S-V-O est systématiquement appliqué, même si en poésie, l'objet peut encore précéder le verbe : S-O-V.

Malherbe, à la suite de Ronsard (cf. § 6.10), impose l'expression du pronom sujet en l'absence de toute autre forme du sujet.

L'usage des modes en subordonnée se codifie : l'indicatif s'impose après un verbe régissant marquant la croyance, le subjonctif après les verbes de crainte, tandis que les verbes de sentiment admettent encore indicatif et subjonctif. Cette répartition des deux modes est facilitée par le fait que les paradigmes du présent et du subjonctif sont désormais différenciées. Les deux modes restent possibles après les subordonnants concessifs (encore que), temporels (jusqu'à ce que, tant que) et causals (sans que).

Les formes verbales du futur du passé supplantent complètement les formes du subjonctif imparfait pour l'expression de l'irréel du passé.
L'usage des temps en subordonnée se codifie également, les grammairiens cherchant à restituer en français des règles de concordance des temps calquées sur celles que connaissait le latin — une contrainte dont l'usage du français ne parviendra jamais à s'accommoder, en dépit du poids des grammairiens censeurs.

Vaugelas reprend à son compte la règle d'accord du participe formulée par Marot.

Dans les énoncés interrogatifs, la périphrase qu'est ce qui – qui est-ce qui tend à se substituer à qui quand qui a un référent inanimé ; que tend à se substituer à pourquoi.