LE SYSTÈME GRAPHIQUE AU XIIIe SIÈCLE

L’essentiel du système graphique de l’ancien français est acquis au XIIe siècle. L’évolution du système phonétique et du statut de l’écrit auront toutefois au XIIIe siècle des conséquences notables sur le système graphique.

1.   Les relations entre système phonétique et système graphique

La réduction des diphtongues au plan phonétique a pour conséquences au XIIIe siècle de nombreuses hésitations au plan graphique.

Le scripteur pourra désormais opter, dans la transcription de la voyelle simple résultant de la réduction des diphtongues, pour le graphème simple correspondant. Ainsi les diphtongues ayant abouti au phonème [ε] pourront être transcrites simplement <e>, comme les autres [ε]. Mais on continue de trouver, tout au long du XIIIe siècle, pour rendre ce phonème, des digrammes rétrogrades <ei> et <ai> reflétant la prononciation avant réduction des diphtongues. Nous aurons l’occasion de voir tout au long de notre parcours que les graphies sont souvent en retard sur la prononciation et s’affichent comme bien plus conservatrices que celle-ci. Ainsi conservera-t-on le digramme <ou> pour rendre le phonème simple [u] bien au-delà de l’époque où le digramme correspondait à une prononciation [ou̯]. Quant au digramme <oi>, il cristallise la prononciation [oi̯] propre au XIIe siècle de ce qui au XIIIe siècle se prononce [wa] ou [wε] (ce digramme se conservera jusqu’au XIXe siècle). De même, les consonnes qui se sont amuïes dans la prononciation du XIIIe siècle se conserveront généralement dans la graphie.

Les affriquées présentes dans le système phonétique français jusqu’au XIIe siècle se notaient généralement au moyen du graphème utilisé pour la fricative correspondante : [dz] se transcrivait <z>, [dʒ] se transcrivait <g>, etc. Seule l’affriquée [ts] se transcrivait au moyen d’un digramme, <ts> souvent abrégé en <z> ; c’est cette abréviation qui deviendra la solution graphique adoptée pour le phonème français [z], quelle qu’en soit l’origine, une fois les mi-occlusives alvéolaires ([ts], [dz]) sorties du système consonantique, c’est-à-dire à l’époque où nous sommes arrêtés.

2.   Le changement de statut de l’écrit

Plus notable encore que les quelques aménagements du système graphique qui viennent d’être évoqués est au XIIIe siècle l’évolution du statut de l’écrit.

La mise par écrit du français au XIIe siècle n’était alors le fait que d’un petit nombre de copistes de formation ecclésiastique, qui composaient des manuscrits généralement luxueux. À partir du XIIIe siècle, le français est adopté dans l’écriture publique, en même tant que le procédé de fabrication du papier, à partir de tissus, s’introduit en Europe, l’un et l’autre faits contribuant à multiplier considérablement le nombre d’écrits. L’écrit devient prépondérant, au détriment de l’oral ; il faudra désormais attendre le XXe siècle pour que l’oral soit réhabilité.