LE SYSTÈME GRAPHIQUE DU XIVe SIÈCLE

Le système graphique mis en place en ancien français est quelque peu déstabilisé au XIVe siècle.

L'écrit prévaut de plus en plus sur l'oral, notamment dans le domaine de la justice où s'installe la coutume du procès écrit, qui renforce le rôle des avocats et des procureurs en même tant que celui des clercs, dont on a besoin pour transcrire tous les documents. Ces derniers s'organisent en de puissantes confréries, les basoches (qui contribueront par la suite au développement des farces et autres pièces dramatiques) : les copistes sont remplacés par un grand nombre de praticiens, moins érudits que leurs prédécesseurs, mais qui travaillent dans un milieu de gens instruits et qui, fiers de leur culture, ont la mainmise sur l'écrit.

Ces basochiens réagissent contre ce qui est perçu comme un relâchement de la prononciation (l'amuïssement de nombreuses consonnes depuis le XIIIe siècle) en figeant des graphies qui ne correspondent plus à la prononciation, des graphies plus proches de la source étymologique des mots que de leur prononciation du moment — sont notamment maintenues dans les graphies les voyelles en hiatus qui se sont amuïes récemment, comme les consonnes finales amuïes au siècle précédent.
La distance entre le mot écrit et le mot prononcé s'agrandit.

Ce travail, artificiel et conscient, est encouragé par la relatinisation de la langue française de cette époque. Cette relatinisation est le résultat de la mise en œuvre d'un vaste projet de traduction en français des textes latins, projet entamé dès le XIIe siècle (signe de ce que le latin, trop différent du français, n'était plus compris) et intensifié à partir du XIVe siècle. Le mot français se trouvant dans ces entreprises de traduction mis en regard de son étymon latin voit, par la comparaison, se réintroduire dans sa graphie des lettres qui n'y figuraient plus depuis longtemps : doit confronté à debet s'écrit désormais doibt et devoir confronté à debere devient debvoir.

L'orthographe, qui évoluait jusqu'alors librement, commence à cette époque à se fixer, tout en se compliquant.

Le XIVe siècle voit également assigner au graphème <y>, d'un emploi jusqu'alors strictement limité à quelques mots d'origine grecque, un nouveau statut : celui-ci, rendant le même phonème que <i>, devient une variante libre de ce dernier, comme simple graphème ou comme composant de digrammes (<oy>, <ay>, etc.). Le processus est essentiellement graphique : le graphème <y> est un graphème plus nettement distinctif que le <i>, qui pouvait d'autant plus facilement être confondu avec n'importe quel jambage que l'écriture médiévale ne mettait pas les points sur les i1 ; le graphème <y> comme variante libre de <i> est ainsi en quelque sorte le premier graphème diacritique du système graphique du français, qui en connaîtra bien d'autres. Il est symptomatique que le premier mot touché par cette variance soit le pronom i qui devient y.

Simultanément, et participant du même principe, un <g> se greffe à la fin de certains mots originellement terminés par <in> ou <un> pour orienter le lecteur dans son décryptage d'une suite de jambages ; c'est essentiellement le déterminant un qui est concerné :

Exemples
AF ung > MF ung
parallèlement à
AF loing > MF loing

1     Qui pouvaient être surmontés ou non d'un apex diacritique.