LE SYSTÈME GRAPHIQUE AU XVIIIe SIÈCLE

La multiplicité des phonèmes rendus par le graphème <e> sera cause de débats passionnés aux XVIIe et XVIIIe siècles (cf. notamment Grimarest 1707), débats qui ne seront que partiellement résolus par l’adoption et la régularisation des signes diacritiques et des graphèmes distinctifs <é> et <è>. L’accent aigu, qui ne marquait jusqu’alors que les <e> finals, s’introduit partout où il y a lieu d’induire une prononciation [e] ; l’accent grave, qui jusqu’alors n’était utilisé que pour différencier des homographes, est introduit sur le <e> pour induire une prononciation [ε] ; le <e> non accentué se lira désormais [ə], à moins qu’il ne soit entravé, auquel cas il se lira [ε].

L’accent circonflexe, introduit sporadiquement au XVIe siècle mais abandonné au XVIIe, est récupéré et vient enfin remplacer dans les graphies le <s> implosif, amuï depuis plusieurs siècles.

Le recours au tréma pour dénoncer les « semi-consonnes » est abandonné : on passe de feüille à feuille et de roïal à royal ; le tréma se borne désormais à marquer la diérèse.

Cette redistribution des signes diacritiques n’est pas la seule modification apportée aux habitudes graphiques, autrement dit à l’orthographe par le XVIIIe siècle. L’écriture adopte enfin les graphèmes <j> et <v>, comme variantes de <i> et <u>, dont les érudits avaient préconisé l’emploi dès le XVIe siècle. Le graphème anglais <w> s’introduit dans le système graphique français, par le biais des ouvrages imprimés en Grande-Bretagne, pour les mots empruntés à l’anglais.

Par ailleurs, la transcription des consonnes palatales, qui avaient donné tant de fil à retordre aux copistes du Moyen Âge, difficultés dont la langue écrite avait conservé les multiples expérimentations graphiques, se fixe, au moins pour le [ɲ], pour lequel on adopte définitivement le digramme <gn> (sauf dans oignon qui devra attendre le XXe siècle pour s’aligner). La palatale [ʎ] étant à cette époque sortie du système phonétique ne connaîtra pas la même régulation de sa transcription : les multiples combinaisons <il>, <ill>, <li>, <lli>, <ll> héritées du Moyen Âge se maintiennent.

Pour le reste, si l’on ne parle plus de réformer l’orthographe au sens où on le faisait au XVIe siècle, il suffit de confronter les différents dictionnaires de l’époque, voire même les seules éditions successives du dictionnaire de l’Académie, pour constater qu’on est loin au XVIIIe siècle du fixisme du XVIIe siècle ; l’orthographe des mots diffère beaucoup d’une édition à l’autre ; l’édition de 1740 du dictionnaire de l’Académie, confiée à l’abbé d’Olivet, va jusqu’à modifier l’orthographe d’un tiers des mots.