L'utilisation de l'image du justicier dans les romans policiers d'après le modèle de Robin des Bois

Julien Bauduin

 

Table des matières

1. Robin des Bois justicier
1.1 Légende
1.2 Historique de Robin et caractéristiques du justicier
1.2.1 Dans les sources françaises
1.2.2 Dans les sources anglaises
1.3 Synthèse
2. Le justicier, personnage de roman policier
2.1 Introduction
2.1.1 La naissance du roman policier
2.1.2 L’apparition dans le policier du personnage du justicier
2.1.2.1 Dans les magazines anglophones
2.1.2.2 En France
2.1.2.3 Synthèse
2.1.3 Les caractéristiques propres au personnage littéraire du justicier
2.1.3.1 Le justicier et la justice
2.1.3.2 La vengeance
2.1.3.3 La marginalité
2.1.3.4 Le déguisement
2.1.3.5 Le chasseur
2.1.3.6 Le personnage-contraste
2.1.3.7 Synthèse
2.2 Quelques justiciers dans la littérature francophone
2.2.1 Monte Cristo
2.2.1.1 Les vengeurs
2.2.1.2 Monte Cristo
2.2.2 Arsène Lupin
2.2.2.1 Réel ou fictif ?
2.2.2.2 Le gentleman cambrioleur
2.2.3 Les justiciers de Leroux
2.2.3.1 Rouletabille
2.2.3.2 Autres
2.2.4 Synthèse
2.3. Quelques justiciers dans la littérature anglophone
2.3.1 Sherlock Holmes
2.3.2 Myron Bolitar
2.3.3 Les romans de John Grisham
2.3.3.1 L’affaire pélican
2.3.3.2 La loi du plus faible
2.3.3.3 Synthèse
2.3.4 Burke
2.3.5 Synthèse
2.4. Mise en contraste des justiciers des littératures francophone et anglophone
3. Un retour aux sources
3.1. Dans la littérature francophone : Guilhem d’Ussel
3.2. Dans la littérature anglophone : L’assassin de Sherwood
Conclusion

Étude

Introduction

Qu’il soit réel ou pure légende, Robin des Bois n’a cessé d’inspirer la plume des écrivains. Lorsqu’on évoque le héros de la forêt de Sherwood, nous pensons immédiatement au personnage qui, après avoir été déclaré hors-la-loi par les autorités anglaises, dépouillait les riches pour ensuite distribuer ses butins aux plus démunis. L’origine de Robin pose toujours une question, était-il français ou anglais ? Mais dans ce travail, nous nous focaliserons sur la manière dont les écrivains de romans policiers ont récupéré et retravaillé la personnalité du plus célèbre redresseur de torts. Notre étude portera tant sur les écrivains francophones que sur les auteurs anglophones. Cette étude n’est pas exhaustive car il existe de très nombreux redresseurs de torts dans le roman policier mais nous tenterons tout de même de passer en revue les différentes catégories de justiciers qui ont vu le jour.

Avant de nous plonger dans l’analyse de l’image du justicier dans le roman policier chez les auteurs francophones et chez les auteurs anglophones, nous rappellerons brièvement l’histoire légendaire de Robin des bois, ses origines et son évolution.

1. Robin des Bois justicier

1.1 Légende

Robin des Bois était un paysan ou un noble1 anglais qui fut dépossédé de ses terres par le shérif de Nottingham car il avait chassé un cerf sur le territoire royal. Après avoir été déclaré hors-la-loi et démunis de tous ces biens, Robin se réfugia dans la forêt de Sherwood, se mit à la tête d’une petite troupe de vagabonds et consacra le reste de sa vie à dépouiller les riches pour ensuite distribuer ses butins aux plus pauvres. Ils s’opposèrent ainsi, dans la plupart des versions, au Prince Jean, leur ennemi juré. Robin des Bois utilise l’arc à flèche pour chasser et tuer ses opposants, il est si doué pour cette arme qu’il est devenu le meilleur archer de la littérature.

1.2 Historique de Robin et caractéristiques du justicier

1.2.1 Dans les sources françaises

Les premières sources que nous possédons et qui mentionnent le personnage de Robin sont françaises et remontent au XIIe siècle. En effet, Jehan Bodel fait allusion dans une pastourelle2 à Robin qui est loin du héros auquel nous pensons.

Ensuite, nous retrouvons Robin dans Le Jeu de Robin et Marion d’Adam de la halle en 1275. [Pour plus d’informations concernant l’historique de Robin, nous renvoyons aux travaux de Rémy Baudoin, de Xavier Bouchez et de Giuseppe Senese].

Par la suite, nous avons des traces de ce personnage chez Eustache Deschamps3 mais ces textes sont bien ultérieurs à ceux de Bodel et de la Halle, ils datent vraisemblablement de 1375 pour le premier. Au début, Robin ressemble fortement à celui de Bodel mais dans le dernier texte, l’auteur insiste sur le fait qu’il est un marginal qui vit hors de la société.

Enfin, l’auteur qui a rédigé l’œuvre la plus longue concernant Robin n’est autre qu’Alexandre Dumas4. Celui-ci nous présente Robin comme un redresseur de torts qui défend les plus démunis au péril de sa vie face aux puissants. Il redistribue le fruit de ses rapines et se met hors-la-loi car il est l’ennemi du pouvoir.

1.2.2 Dans les sources anglaises

Les sources anglaises sont plus récentes que les sources françaises car le premier texte traitant de Robin des Bois date de 1377 où il serait un personnage vivant pendant le Moyen Âge mais aucune information supplémentaire n’est mentionnée. Nous possédons également plusieurs œuvres datant du XVe siècle mais elles n’apportent rien de nouveau sur sa personnalité. Mais en 1819, Walter Scott publie Ivanhoé qui met en scène le héros au beau milieu de la cour d’Angleterre. Ce roman sera traduit et adapté en français par Alexandre Dumas en 1872. Dans ce roman, Robin est un chevalier qui aide le roi Richard et Ivanhoé à reconquérir leur château. Grand archer, Robin et ses hommes viennent à bout de l’ennemi et Richard reprend possession de son domaine.

1.3 Synthèse

Un justicier est une personne qui tente d’exercer la justice par elle-même. C’est un redresseur de torts qui se met au service des plus démunis lorsqu’ils ont été abusés de personnes plus puissantes. Le justicier est souvent hors-la-loi et se doit d’échapper à la police sous peine d’être emprisonné pour les crimes qu’il a commis lors de ses enquêtes. Il exerce le travail de la justice qui, selon lui, ne le fait pas assez rapidement.
Ces caractéristiques se rencontrent toutes chez Robin : il exerce sa propre justice car celle de son pays n’est pas favorable aux démunis, ils dérobent donc aux riches pour donner aux pauvres mais en faisant cela, il se met hors-la-loi et doit échapper aux pièges que la police lui tend afin d’échapper à la prison.

2. Le justicier, personnage de roman policier

Notre travail portant sur l’image du justicier dans le roman policier francophone et anglophone d’après le modèle de Robin des Bois, nous nous devons de parler des origines du roman policier ainsi que de son évolution au fil du temps.

2.1 Introduction

2.1.1 La naissance du roman policier

C’est en 1840, qu’Edgar Allan Poe5 profite de la passion naissante pour le crime et le déroulement des enquêtes policières chez le lecteur pour créer le roman d’investigation qui aura une grande descendance. C’est à ce moment qu’un nouveau modèle de roman naît du croisement de ces divers thèmes littéraires et des faits divers relayés par la presse. Désormais, les romanciers ne se basent plus sur le récit du crime mais sur la résolution de l’enquête. Poe signe l’acte de naissance du roman policier dans le domaine anglophone et inaugure une nouvelle forme de récit assez structurée. Mais ce nouveau genre peine à arriver à maturité, il lui faut plus de cinquante ans d’expérimentation pour enfin se dégager des exigences du roman-feuilleton6.
La criminalité et la peinture des bas-fonds sont mis sur le devant de la scène littéraire par le roman-feuilleton criminel et le roman noir des années 1800 – 1850. Mais le manque de mystères oblige certains romanciers à se mêler au gratin de la criminalité dans les grandes villes afin de s’inspirer de faits réels pour leurs ouvrages. Ils s’immiscent dans l’organisation criminelle en courant le risque d’être démasqués pour pouvoir assouvir la soif de meurtre de leurs lecteurs.

Enfin, la naissance du journal à grand tirage permet aux faits divers et au roman-feuilleton d’obtenir un succès fulgurant qui leurs vaudra la une du journal, devant les informations qui étaient jadis au premier plan du quotidien. Le reportage se répand et de nombreux journalistes y prennent goût, surtout pour les enquêtes policières qui ont pour objectif de résoudre un mystère. Avec cette explosion du genre policier, l’enquêteur gagne en prestige et occupe le haut du pavé, devançant nettement les professionnels comme les policiers ou les détectives. En effet, le public préfère de loin que l’enquête soit menée par un journaliste qui reprend les caractéristiques du justicier, à savoir de tout faire pour venger les plus démunis lors d’une injustice, punir les criminels et ne pas hésiter à se mettre hors-la-loi si l’enquête le demande, que par un policier qui pourrait dissimuler ou bâcler une instruction.7

2.1.2 L’apparition dans le policier du personnage du justicier

2.1.2.1 Dans les magazines anglophones

Aux États-Unis, à la fin du XIXe siècle, la littérature mettant en scène des redresseurs de torts, des justiciers et des gangsters se nomme Dime-novel et prend ensuite le nom de Pulps (pâte servant à la fabrication des magazines). Le justicier le plus connu de cette littérature à cette époque s’appelle Nick Carter mais il est très peu élaboré et les grands magazines comme The Black Mask préfèrent publier des romans policiers d’origine anglaise. Ce héros a inspiré Paul Krasny pour une série de feuilletons télévisés sortie dans les années 1970.

2.1.2.2 En France

En France, avec Gaston Leroux et Maurice Leblanc, le personnage principal n’est plus un enquêteur démuni de sentiments et de vie sociale à l’instar du héros de Doyle que nous analyserons plus tard mais il est engagé dans le jeu des passions, des idéologies et des morales de son époque.

Le célèbre Rouletabille de Leroux tranche par rapport aux enquêteurs typés car il privilégie la lecture d’indices et une démarche de déduction mais sans pour autant oublier le jugement spontané qui peut survenir à la suite d’une impression subjective.

Quant à Arsène Lupin de Leblanc, il ne ressemble en rien aux héros du roman policier. Au contraire, le gentleman cambrioleur est dans la lignée de Robin des Bois car il détrousse les riches sans aucune violence.
Un autre exemple de justicier amateur est le célèbre Goupi Mains Rouges de Pierre Véry. Il appartient à une famille paysanne qui méprise les lois mais lorsque la mort frappe leur famille et que l’héritage s’envole, il n’hésite pas à mener sa propre enquête et à remonter jusqu’au criminel afin de rendre justice car la police ne le fait pas.

Jean-Patrick Manchette a lui aussi contribué à la descendance du justicier dans le roman policier. Effectivement, son héros Gerfaut8, n’est qu’un cadre tout ce qu’il y a d’ordinaire mais se révèle être en réalité un justicier grandiose. Il n’hésite pas à supprimer un groupe de tueurs que le hasard a mis à ses trousses alors que la police ne bouge pas le petit doigt. Après avoir terminé sa tâche, il reprend sa voiture et continue sa vie normale comme si rien n’avait eu lieu. Manchette qualifie ses œuvres de « néo-polar » non pour revendiquer une nouvelle école littéraire du roman policier mais bien pour appuyer sa position parodique par rapport aux moules classiques du genre. Il a insufflé une nervosité nouvelle à la fiction policière de langue française.

2.1.2.3 Synthèse

Les premiers justiciers employés dans le roman policier sont donc des personnages qui analysent la situation, qui désirent rendre la justice par eux-mêmes car l’État ne le fait pas et qui ne sont pas forcément issus du monde judiciaire. De plus, ils n’hésitent pas à se mettre hors-la-loi pour mener à bien leur enquête et défendre les démunis.

2.1.3 Les caractéristiques propres au personnage littéraire du justicier

2.1.3.1 Le justicier et la justice

Pour le justicier, l’État ne fait pas son travail ou ne le fait pas assez correctement. Voilà pourquoi il décide de prendre les choses en main et de rendre le droit lui-même. La plupart du temps, le justicier a des ennuis avec la justice car ses aventures lui ont demandé de commettre certaines infractions. Il tente donc de doubler la justice en faisant son travail mais de ne pas se faire prendre par la police.

2.1.3.2 La vengeance

Selon Vittorio Frigerio, la justice est une illusion, alors que seules les vengeances individuelles peuvent devenir des réalités9. C’est pourquoi le Comte de Monte-Cristo (que nous analyserons ci-après) d’Alexandre Dumas n’hésite pas à rendre sa propre justice lorsque celle de l’État est inexistante ou en retard sur le crime. Il se dit qu’en rendant la justice, le monde sera plus rapidement et équitablement débarrassé de ses criminels.

2.1.3.3 La marginalité

Le justicier possède deux qualités qui le rendront célèbre et qui lui permettront d’échapper à la police plus aisément. La première est celle du déguisement que nous développerons ci-après et la seconde est celle de la marginalité par rapport à la police officielle et à la société. Rodolphe, le célèbre héros d’Eugène Sue et Edmond Dantès incarnent le justicier par excellence qui pallie les insuffisances, le manque de réalisme et la corruption de la justice. D’autre part, Holmes, est un détective qui n’hésite pas une seconde à se moquer de la police lorsqu’elle est sur la même affaire criminelle que lui ou encore Rouletabille, simple reporter qui dépasse la police lors d’enquêtes criminelles mais qui a quelques problèmes avec la justice. À ce moment, nous pouvons voir que le héros que représentait Rodolphe ou le Comte de Monte-Cristo est quelque peu modifié par l’auteur afin de se transformer en réel justicier-hors-la-loi qui se doit de combattre le crime mais aussi la justice qui n’hésite pas à lui mettre des bâtons dans les roues pour le coincer.

2.1.3.4 Le déguisement

La seconde est celle du déguisement. Nous penserons bien sûr à Arsène Lupin, à Rouletabille, à Holmes ou encore à Nicolas Le Floch de Parrot qui ne se déplacent jamais sans une petite trousse de maquillage qui leur permettra de ne pas se faire reconnaitre et d’échapper aux forces de l’ordre sans aucun problème.

2.1.3.5 Le chasseur

Comme nous l’avons dit dans la présentation de Robin, il est le plus célèbre archer de la littérature. Il utilisait son arc dans le but de venger les dépourvus mais aussi pour se nourrir. Effectivement, il se révélait être un fin chasseur et cette image, nous la retrouvons dans le vocabulaire et dans l’attitude que les justiciers et détectives contemporains adoptent.

D’une part il se lance à la poursuite d’un criminel afin de rendre justice et d’autre part il est lui-même traqué par la police et la justice afin d’être emprisonné pour quelques méfaits commis. Cette attitude explique peut-être également le comportement marginal des redresseurs de torts, elle leur permet d’agir sans être démasqués par la justice mais aussi de pister le criminel impunément et sans risque.

Mais nous ne rencontrons pas seulement l’image du chasseur dans le comportement du justicier, elle est également présente dans le lexique du héros. En effet, Dantès, Montéclain, Lupin ou encore Holmes sont souvent qualifiés par leurs auteurs de limiers10 ou le criminel de gibier11. La fréquence du mot « limier »12 est en constante augmentation au fil des récits de Doyle, de Leblanc ou encore de Leroux. Nous voyons donc que les auteurs comparent explicitement leur héros à un fin limier qui est sur la trace du criminel qui lui, est comparé au vulgaire gibier qui prend de l’importance en fonction de son intelligence, afin de lui mettre la main dessus. Et plus le gibier est important, plus le chasseur est heureux et mordu par l’enquête.

2.1.3.6 Le personnage-contraste

L’ancêtre du détective est sans conteste le justicier qui était toujours suivi de son fidèle acolyte tout comme Robin de Petit Jean. Par exemple, Don Quichotte était accompagné de Sancho Pansa, Holmes de Watson, Rouletabille de Sainclair et Lupin et Dupin du narrateur. Cet accompagnement est nécessaire au héros principal car il l’aidera lorsqu’il sera en mauvaise posture.

2.1.3.7 Synthèse

Après avoir évoqué les différentes caractéristiques que le redresseur de tort peut posséder, nous pouvons voir qu’il ressemble très fortement à Robin. Premièrement, il se met en marge de la société afin de ne pas être arrêté par les forces de police. Deuxièmement, il se déguise pour ne pas être reconnu de la police dans la foule. Ensuite, il est toujours entouré d’une troupe de joyeux compagnons qui l’aidera dans ses aventures.
Enfin, il faut remarquer le fait que le justicier est toujours vu sous ses meilleurs aspects, le lecteur ne se souvient que rarement des larcins et des crimes que le redresseurs de torts a commis pour défendre les petites gens.

2.2 Quelques justiciers dans la littérature francophone

Comme nous l’avons déjà dit, nous nous pencherons plus spécifiquement sur les écrivains anglophones et francophones car les sources historiques renvoyant à Robin que nous possédons proviennent de ces deux domaines. Le premier justicier de l’histoire étant né soit en France soit en Angleterre, son modèle a fortement marqué les écrivains de roman policiers employant la figure du justicier. Voilà pourquoi nous nous bornerons à ces deux zones géographiques.

2.2.1 Monte Cristo

2.2.1.1 Les vengeurs

La vengeance est un moteur puissant pour tuer. C’est l’un des plus vieux mobile du crime. Nous ne nous disperserons pas en exemples mais le rappel de quelques grandes vengeances littéraires permettra d’apporter quelques lumières sur la suite du travail.
Commençons par la célèbre Béatrix Censi13 qui aura pour seul objectif de tuer son père pour lui faire payer de l’avoir abusée sexuellement. Ensuite, n’oublions pas le plus connu, le Comte de Monte Cristo qui est issu tout droit d’une sombre affaire de vengeance qui était référencée dans les archives de la police que Dumas aimait consulter. En effet, ce héros a été accusé de bonapartisme et fut incarcéré pendant quatorze ans sans qu’aucun tribunal ne se soit prononcé sur son sort.
Mais qui dit vengeance dit justice. Le justicier suit sa propre justice car celle de l’État ne lui convient pas et est parfois inexistante. Le redresseur de torts n’éprouve aucun remord lorsqu’il commet des délits alors qu’il traque un truand non puni. S’il doit commettre un crime pour faire avancer son enquête, le justicier n’hésitera pas à l’accomplir pour le bien de sa mission. Selon lui, il fait le bien et possède une conscience irréprochable car au fond, comme le disait Chateaubriand14, le seul principe infaillible de certitude et de connaissance est logé dans le cœur de l’homme et lui seul juge de la légitimité de ses actions. Le justicier se met donc, par sa conscience, en marge de la société qui a totalement abandonné sa défense à l'état.

2.2.1.2 Monte Cristo

L’œuvre d’Alexandre Dumas a rencontré, dès sa publication, un énorme succès comme le montre Alfred Nettement :

Le Comte de Monte-Cristo, au contraire, obtient un grand succès de cabinet de lecture. Il faut s’inscrire à l’avance pour le lire, comme s’il s’agissait d’une de ces belles danseuses autour desquelles les cavaliers affluent de tout côté, et qui sont presque obligées de tenir en partie double le registre de leurs promesses et des plaisirs de leurs soirées 15.

D’une part, ce succès, est certainement dû aux divers personnages souhaitant du mal au jeune Dantès. Effectivement, nous pouvons voir que Ganglars hait le jeune homme car il aspire au futur poste du héros. Ensuite, Fernand le Catalan ferait n’importe quoi pour ravir l’aimée du jeune garçon. Puis, Wilfort, qui ne voit que son plan de carrière dans la justice serait prêt à commettre un crime pour grimper l’échelle professionnelle le plus rapidement possible. Enfin, Caderousse envie la situation du jeune homme et n’hésite pas à lui mettre des bâtons dans les roues pour le voir tomber.

Et d’autre part, il faut souligner que l’accusation de bonapartisme des quatre malveillants à l’encontre de Dantès contribue à son succès. Le public soutiendra et reconnaitra un héros national dans ce personnage à la limite du martyr qui sera emprisonné pendant quatorze longues années sans jamais être jugé. Mais lors de cette incarcération, Dumas intègre une volonté de vengeance dans l’esprit de son héros.

Lorsque le lecteur termine sa lecture, il est subjugué par le caractère du personnage principal et il en oublie les différents crimes que le héros a lui-même commis au nom de la vengeance et de la justice. Il entre donc parfaitement dans le moule du justicier descendant de Robin des Bois en punissant les puissants dans le but de rendre justice aux plus démunis, à savoir ici, lui.

Dans ce roman, Dumas profite du contexte historique pour illustrer le conflit permanent entre l’individu et la société, ce qui pousse le personnage à se mettre en marge de la société comme Robin des Bois. Effectivement, l’histoire commence en 1815 et se termine en 1839 sous le règne de Louis-Philippe. La politique est très mouvementée à cette époque car en quatorze ans, plusieurs gouvernements se sont succédé, Louis XVIII a dû renoncer à son statut, l’Empire renait pour mourir aussitôt et la royauté bourgeoise arrive au-devant de la scène politique. Nous voyons donc clairement que la population ressent une impression d’instabilité, de précarité et d’anomie16. Un jeune homme victime d’un complot et incarcéré pendant quatorze ans ne pouvait que devenir le porte flambeau de ce peuple opprimé par ses politiciens.

2.2.2 Arsène Lupin

Le personnage inventé par Maurice Leblanc possède un caractère très intéressant car rarement rencontré. Celui-ci n’hésite pas à renverser les valeurs du modèle classique du héros de roman. Chez Leblanc, c’est le criminel qui devient héros et redresseur de torts car il ne connaît que trop bien les inégalités que le pouvoir exerce sur la société et ce justicier n’hésite pas à les corriger que ce soit par voie légale ou non. Ici, Arsène Lupin rassemble plusieurs caractéristiques, il est condamné, évadé et récidiviste. Ce personnage nous fait immédiatement penser au célèbre archer de Sherwood ou à Guillaume Tell.

2.2.2.1 Réel ou fictif ?

La question de l’existence d’Arsène Lupin fait encore débat au sein de la communauté littéraire. Selon André Comte-Sponville, il serait impensable de ne pas croire en l’existence du Gentleman-cambrioleur car plusieurs écrivains se sont dits en relation avec le héros17. Nous voyons donc que, comme Robin, l’existence d’Arsène Lupin pose des questions. La légende aurait peut-être bien dépassé la réalité.

2.2.2.2 Le gentleman cambrioleur

Ce qui fascina le lecteur pendant toutes les péripéties de Lupin, fut qu’il possédait une morale, un comble pour un voleur ! Et c’est grâce à cette morale qu’il fut surnommé le Gentleman cambrioleur. Le public adore ce héros car tous ces larcins sont commis dans un seul but : dérober l’argent des riches qui exercent ou croient exercer un pouvoir quelconque.

Comme Monte-Cristo, il sera emprisonné et s’évadera afin de mener à bien sa vie de cambrioleur mais ce n’est pas là le seul passe-temps du personnage. Celui-ci est passionné par les énigmes non-résolues. Par exemple, il tentera de résoudre le mystère des rois de France pour apporter à son pays une réponse capitale. Le lectorat le considère donc comme un personnage hors du commun qui commet quelques larcins mais sans aucune violence et toujours dans le but de rendre justice, voilà pourquoi il est rattaché à la lignée des célèbres redresseurs de torts.

Enfin, nous noterons que dans certaines de ces aventures18, le gentleman-cambrioleur n’hésite pas à redistribuer une partie de son butin aux pauvres afin qu’ils puissent mener une vie meilleure.

2.2.3 Les justiciers de Leroux

2.2.3.1 Rouletabille

Comme Conan Doyle et les autres écrivains de romans policier de l’époque, Gaston Leroux n’hésite pas à utiliser des faits réels pour l’élaboration de ses romans. Par exemple, lorsqu’il travaillait pour le Journal, il s’est servi de l’affaire Mister Floss qu’il a suivie et a répertorié dans une chemise en plastique toutes les informations concernant l’enquête pour rédiger son Mister Flow. Le romancier collectionnait les articles de journaux dans des pochettes afin d’avoir assez de matière pour ses romans.

Mais avant d’être journaliste, l’écrivain était avocat. Après avoir réalisé que ce côté de la justice n’était pas fait pour lui, il décida de s’occuper des enquêtes d’une autre façon mais tout aussi efficacement. Voilà sûrement ce qui authentifie la naissance de Rouletabille ou Boitabille, comme l’était son premier nom, le célèbre reporter. C’est en 1907 que Rouletabille fait sa première apparition dans le monde littéraire, ce sera dans le journal L’Époque, et il mènera une enquête qui se révèlera être sa plus connue, Le mystère de la chambre jaune19. Mais Rouletabille sera tour à tour reporter, détective et justicier.

Avec son héros, Leroux met un point culminant et un terme à la grande époque du roman populaire. En effet, ces personnages présentent d’un côté des caractéristiques novatrices mais d’un autre côté, de grandes ressemblances avec les justiciers que nous avons rencontrés ou que nous allons analyser.

2.2.3.2 Autres

D’une part, Leroux insère de l’auto-ironie chez ses personnages, il n’hésite pas à utiliser cette qualité dans chacun de ses romans mais il n’est pas le seul, ainsi Paul Féval fait de même dans les Habits noirs20et c’est aussi le cas de Ponson dans La vérité sur Rocambole21. Les textes de Leroux seront qualifiés de baroques22 car son héros Chéri-Bibi ne ressemble en rien à ce que l’on n’a déjà pu lire.

D’autre part, les personnages de Leroux possédaient des ressemblances avec les justiciers les plus célèbres descendants de Robin des Bois. Pour confirmer ces dires, penchons-nous sur deux romans de Leroux, Le Coup d’état de Chéri-Bibi23et Les Mohicans de Babel24pour lesquels l’auteur a modifié le texte pour ce qui est de leur parution en librairie ce qui prouve son attachement à ces deux œuvres.

Ces romans mettent en scène deux personnages réalisant que la politique de leur pays est corrompue à souhait et que le peuple n’a jamais son mot à dire tandis que les puissants se remplissent les poches sans aucun remord. Dans Les Mohicans de Babel, Corbières est un député qui s’engage pour redresser les torts de son pays et venger le peuple démuni de pouvoir. Pour cela, il n’hésite pas à dénoncer ses collègues corrompus au Parlement mais ceci ne lui servira à rien, l’État est tellement soudoyé qu’il n’arrivera jamais à se faire entendre même en ayant la jeunesse et le peuple derrière lui. L’autre héros est le commandant Jacques qui s’insurge contre la corruption de son pays et se lance dans la politique avec l’appui non négligeable de l’armée. Il veut sauver la nation25et est prêt à tout pour y parvenir. Pour sa sécurité, il s’entoure de deux gardes du corps mais cela ne suffira pas, il ne sera pas entendu et échouera dans sa tentative d’établissement de la justice. L’échec des deux héros provient de leur incapacité à accepter l’insuffisance de l’honnêteté et de la foi pour modifier la société.

Nous voyons donc que ces justiciers possèdent de nombreuses ressemblances avec Robin des Bois. Effectivement, Corbières et Jacques sont les meneurs d’une petite bande qui n’a pour but que de rétablir l’ordre et une justice pour tous. De plus, ces héros possèdent un acolyte ayant parfois les mêmes objectifs qu’eux comme Robin avec Marion. Mais quelques fois, ce double est le contraire du héros comme Jacques qui a pour double Chéri-Bibi, un gangster de haut-vol et Corbières a M. Legrand. Enfin, il est à noter que le lecteur ne retient que l’idéologie que le héros souhaite appliquer à la société et non la manière pour y arriver. Dans ces deux romans, la manière forte est souvent appliquée, pour Les Mohicans de Babel, ce sont des vols de dossiers importants et des coups bas, pour Le Coup d’état de Chéri-Bibi, le passé militaire de Jacques lui sert à obtenir des informations mais il abandonnera son projet lorsqu’il réalisera qu’il ne peut plus affirmer Nos mains sont pures.

Mais le héros le plus célèbre de Leroux est bien sûr Rouletabille. Celui-ci possède également un double néfaste qui n’est autre que Larsan que J.-C. Vareille identifie comme un criminel tout-puissant qui incarnait volontiers la Loi Arbitraire, et qu’on pouvait assez facilement assimiler au Père de la Horde primitive26 tandis que le reporter est comparé au Fils, puisque c’était du bandit que provenait l’initiative.27

2.2.4 Synthèse

En guise de conclusion de cette partie consacrée aux auteurs francophones utilisant la figure du justicier avec comme modèle Robin des Bois, nous ferons un bilan des diverses approches réalisées par les écrivains dans leurs romans.

Pour commencer, nous avons analysé le personnage d’Arsène Lupin qui entre dans la catégorie des justiciers car il vole aux riches afin de leur faire comprendre que sans l’argent, ils n’ont pas le pouvoir et ce même si, dans la majorité des cas, il garde l’argent pour lui. Leblanc a inventé un nouveau type de justicier qui séduira le grand public sans aucun problème alors que sa vie est basée sur le cambriolage.

Ensuite, nous nous sommes penché sur le plus célèbre reporter après Tintin, Rouletabille. Ce jeune justicier représente parfaitement la société du début du XXe siècle car il est prêt à tout pour faire éclater la vérité afin que la justice soit rendue aux plus démunis. Son auteur, Leroux, a parfaitement su jouer avec la sensibilité du public visé. Ses œuvres étant destinées à un public populaire, son héros se devait de défendre cette classe sociale.

Puis, nous avons passé en revue les caractéristiques du plus célèbre vengeur, le Comte de Monte-Cristo. Là encore, Dumas s’est servi du contexte historique et de la sensibilité du lectorat pour assurer une grande destinée à son héros.

Il nous reste à remarquer que les délits commis par les justiciers francophones ne sont jamais très graves ou quand ils le sont, ils ne sont pas horribles. Soit il s’agit d’un petit larcin, soit d’un meurtre rapide, sans trace ni détail. Les auteurs francophones misent plus sur la sensibilité de leurs lecteurs pour assurer la gloire de leur héros que sur le sanglant des actions.

2.3. Quelques justiciers dans la littérature anglophone

Passons maintenant à la seconde partie de notre travail : l’utilisation des justiciers dans le roman policier anglophone.

Notons tout d’abord que les auteurs anglophones mettent la corruption au centre de leurs récits beaucoup plus que les francophones. Cette corruption se retrouve souvent dans le milieu judiciaire alors qu’elle est rarement présente chez les privés. Mais il est vrai que la corruption d’un sujet pour lequel l’auteur utilise la troisième personne est plus facilement détectable qu’un personnage utilisant la première personne car le « je » implique plus d’intimité entre le lecteur et le héros même si celui-ci peut se révéler manipulateur à souhait comme nous l’a prouvé Agatha Christie28.

C’est pourquoi nous nous pencherons sur quelques auteurs anglophones mondialement connus qui utilisent un justicier dans leurs épopées.

2.3.1 Sherlock Holmes

Bien sûr, il eût été difficile d’effectuer une étude sur la figure du justicier dans le roman policier sans aborder le plus célèbre détective qu’est Sherlock Holmes. Mais nous ne nous attarderons pas sur ce personnage car il n’est pas à proprement parler un réel justicier à l’instar de Burke ou de Myron Bolitar29. C’est un détective qui est engagé pour enquêter et découvrir la vérité, il n’enquête pas de son plein gré même si l’objectif de punir les criminels est le même chez le justicier que chez le détective. De plus, le justicier redistribue le fruit de ses rapines ou souhaite aider les plus démunis en se mettant de leur côté mais ici, Holmes défend seulement celui qui l’engage.

Mais ce détective possède néanmoins certaines ressemblances avec Robin des Bois car il défend souvent les petites gens face aux complots des puissants et dépasse de loin la police. Sherlock est toujours accompagné de son fidèle acolyte Watson comme Robin de Petit Jean. Il n’hésite pas à se plonger dans les bas-fonds de la ville pour mieux enquêter et se met donc en marge de la société comme l’archer de Sherwood. De plus, il n’hésite pas à bafouer la loi lorsque la situation le demande afin de faire progresser son enquête, il aime se déguiser pour mieux se fondre dans la foule ce qui le rapproche encore un peu plus de Robin.

2.3.2 Myron Bolitar

Poursuivons par l’analyse d’un des plus célèbres justiciers américains, Myron Bolitar. Cet agent sportif créé en 1995 par Harlan Coben est un justicier tout ce qu’il y a de plus moderne car l’auteur le plonge toujours dans des affaires de corruption qu’il se plait à mettre au jour.

Myron Bolitar est un ancien agent du FBI reconverti en agent sportif pour des joueurs de basketball professionnels. Il connaît très bien ce milieu car avant sa grave blessure au genou, Myron était joueur au plus haut niveau de la NBA30.

Lorsque ses joueurs ont des problèmes, il fonce tête baissée dans une enquête. Mais il a toujours besoin d’aide, ainsi nous découvrons son meilleur ami, Win, un riche héritier, et sa secrétaire Esperanza, une ancienne catcheuse qui l’aideront à travers ses péripéties. Mais il ne faut pas oublier les sérieux coups de main qu’il reçoit de ses ex-collègues au bureau fédéral.

Myron Bolitar est donc entouré d’une petite troupe de justiciers comme Robin des Bois. Il n’est pas rémunéré pour venger les victimes car il reçoit son salaire d’agent sportif. Ce personnage est vraiment intéressant car il n’hésite pas à mettre sa propre vie en danger pour venger les victimes de complots et pour dénoncer la corruption qui fait rage dans le monde politico-économique moderne. Il est obsédé par la vérité et fera tout pour y accéder.

Tout comme Robin, Bolitar use d’armes lorsque la situation le demande et se révèle être un fin tireur en toute circonstance, même lorsqu’il a la jambe cassée31.

Myron connait les méthodes et le monde de la justice, étant ancien agent au FBI, il connait leurs points faibles et sait que faire lorsque la corruption est présente dans ce milieu, ce qui le lie à Robin car celui-ci connaissait également le milieu bourgeois avant d’être répudié par le shérif de Nottingham.

Même si la structure narrative d’Harlan Coben est souvent répétitive32, ses enquêtes sont toujours différentes tout en restant dans le même milieu, le sport professionnel. Parfois l’agent sportif enquête sur l’enlèvement d’un enfant de joueur qui l’emmène dans les bas-fonds de la société new-yorkaise33 et dans d’autres romans34, nous sommes plongés dans la société bourgeoise de l’économie moderne dans laquelle Myron doit se fondre pour mieux découvrir qui souhaite la fin de carrière de son joueur.

Pour conclure avec Myron Bolitar, nous pouvons dire qu’il représente à merveille le redresseur de torts moderne, n’hésitant pas à risquer sa vie pour secourir les victimes de complots. Même si les moyens de parvenir à la vérité ont changé depuis le Moyen Âge de Robin, la motivation et le résultat restent les mêmes: découvrir la vérité, défendre les opprimés et faire payer l’addition aux puissants.

2.3.3 Les romans de John Grisham

Un autre auteur américain employant un justicier dans un de ses romans est John Grisham. Nous nous baserons sur ses romans L’affaire pélican35 et La loi du plus faible36.

2.3.3.1 L’affaire pélican

Dans le premier, deux juges meurent assassinés mais la police ne bouge pas, ce qui contrarie fortement la jeune Darby Shaw, étudiante en droit qui mènera son enquête avec l’aide d’un ami avocat au péril de sa vie dans le seul but de découvrir la vérité.

2.3.3.2 La loi du plus faible

Dans le second, l’auteur nous présente Michael Brock, un avocat travaillant pour un très gros bureau de Washington mais qui renoncera à sa carrière prometteuse pour se consacrer à la défense du plus faible, à savoir un SDF qui a été évincé de la société. Au fur et à mesure de ses enquête sur les sans-abris, il s’implique de plus en plus dans la défense de leurs droits jusqu’à y risquer sa vie face aux complots des grandes entreprises américaines. Il vaincra grâce au soutien de sa compagne, l’aide de ses amis, sa persévérance et son courage.

2.3.3.3 Synthèse

Nous voyons donc que l’écrivain américain s’inspire du monde judiciaire pour rédiger ses romans. Après avoir écrit vingt-quatre romans dans le même style, il peut être qualifié de maître du roman judiciaire et ceci est certainement dû à sa formation d’avocat. La structure de ses romans est à l’instar de celle des romans d’Harlan Coben très bien cadenassée, un délit est commis et la justice n’agit pas. C’est donc un justicier qui se charge de découvrir la vérité et de la faire éclater au grand jour. Ses héros sont dans la lignée de Robin des Bois car ils risquent leur vie pour aider les victimes de la société. Ils se battent contre les puissants qui n’hésitent pas à étouffer de réels scandales pour sauver leur peau. Dans chaque roman, le héros est entouré, tout comme Robin, d’une bande d’amis qui l’aidera au long de ses péripéties afin de connaître la vérité. Même si le héros principal est indispensable, il n’arriverait jamais au bout de son enquête sans ses fidèles compagnons, comme le héros de Sherwood.

<2.3.4 Burke

Andrew Vachss connait son succès grâce à sa série consacrée à Burke. Burke est un justicier pur et dur, un détective privé qui ne possède plus sa licence, il a fréquenté la prison durant quelques années, il s’est reconverti dans l’arnaque et vit de petites combines avec son chien, fan d’émissions de catch. Lorsqu’il apprend qu’un viol a été commis sur un enfant et que la justice ne fait rien, il voit rouge et mène sa propre enquête en compagnie de sa troupe composée de Max le Silencieux, un expert des arts martiaux, Michelle le transexuel, l’intellectuel qui se prostitue, Prophète le prédicateur et la Taupe, spécialiste des explosifs. On ne peut plus motivés pour retrouver le criminel, ils feront tout ce qui est en leur moyen pour le punir.

Il est aisé de reconnaître en Burke le Robin des Bois des temps modernes. Effectivement, lorsqu’il enquête il n’éprouve aucun remord à commettre des larcins37 et même des crimes38 pourvu que les victimes, ici des enfants, soient vengées et que les criminels se retrouvent derrière les barreaux. Burke n’est pas un justicier par intérêt comme l’était Arsène Lupin, quand il enquête, c’est dans le but d’aider les démunis afin de rendre une justice plus correcte. Un autre point commun avec le justicier de Sherwood est le fait que Burke est entouré d’une bande d’amis qui ressemble très fortement à celle de Robin, chacun ayant sa caractéristique personnelle servant l’enquête de Burke.

2.3.5 Synthèse

Pour conclure cette partie consacrée aux justiciers dans le roman policier anglophone, nous récapitulerons les ressemblances marquantes entre le héros anglais et Robin des Bois.

Nous avons commencé par le célèbre détective Sherlock Holmes. Même si celui-ci n’est pas un vrai justicier, il est à noter qu’il consacre sa vie à la découverte de la vérité. Il traque constamment les criminels afin de les punir car la justice ne le fait pas. Tout comme Robin, il nargue la police lorsqu’il enquête sur la même affaire que celle-ci et la dépasse à la fin de l’enquête. Sherlock use également de pratiques illégales lorsque la situation le demande et est toujours accompagné de Watson, son compagnon de toujours. Après avoir passé en revue ces caractéristiques, nous pouvons donc dire que Holmes fait partie des descendant de Robin des Bois.

Ensuite, nous nous sommes penché sur l’analyse de Myron Bolitar d’Harlan Coben. Ce héros des temps modernes ressemble très fortement à Robin. Effectivement, il risque sa vie pour la défense des victimes de complots organisés par les puissants, il est entouré d’une bande d’amis qui le seconde dans ses aventures et il endosse le costume de hors-la-loi lorsqu’il commet des crimes pour démasquer le criminel. Tous ces traits de comportement nous font infailliblement penser au justicier en tunique verte.

Puis, nous avons analysé les héros de John Grisham et avons découvert que ceux-ci étaient souvent des justiciers juridiques. Ses personnages sont souvent avocats ou en passe de le devenir et réalisent que la justice est corrompue à souhait. Ils tentent donc de rétablir l’ordre par leurs propres moyens même si cela demande d’enfreindre la loi. Ils sont également entourés d’une bande d’amis qui n’hésite pas à devenir hors-la-loi pour aider leur compagnon justicier.

Nous avons terminé notre analyse des justiciers anglophones par Burke d’Andrew Vachss. Ce héros est caractéristique du justicier américain. Ancien détective, ancien détenu, il se rend compte que l’État est pourri et qu’il doit faire régner sa propre justice pour que le monde tourne mieux. Dès qu’il entend qu’un homme a abusé d’un enfant, il enquête sur le criminel, tabasse quelques personnes pour obtenir plus de renseignements et chasse l’auteur des faits, parfois il le tue, parfois il le livre à la justice. À l’instar des justiciers que nous avons déjà analysés, il est accompagné d’une réelle troupe de redresseurs de torts qui est composée de personnages ayant chacun une caractéristique précise ce qui fait la force de cette bande.

En ce qui concerne le ressenti du lecteur, nous pouvons voir que les crimes commis par les justiciers anglophones sont souvent cruels et sanglants. Les auteurs misent sur la violence du crime afin de provoquer un choc chez le lecteur. De plus, le héros est toujours en marge de la société et représente un modèle inconscient pour la société. Le schéma narratif des auteurs anglophones est souvent le même, il commence par un méfait suivi d’une enquête comportant énormément de violence et enfin le héros retrouve le criminel, là encore l’auteur utilise la violence pour conclure son récit. Soit le criminel est mis à mort par le justicier, soit il est emprisonné et l’auteur insiste sur les conditions de détentions misérables que va connaître le coupable.

2.4. Mise en contraste des justiciers des littératures francophone et anglophone

Après ces différentes analyses, nous pouvons dégager quelques ressemblances entre les justiciers employés par les écrivains anglophones et ceux créés par les auteurs francophones ainsi que certaines différences.

Nous commencerons par les ressemblances entre les différents justiciers et les caractéristiques qui renvoient explicitement à Robin des Bois. Nous avons vu que les justiciers analysés étaient souvent des hors-la-loi car ils se rebellaient contre le pouvoir. De plus, ils sont toujours entourés de quelques compagnons qui les aident dans leurs aventures et ceux-ci sont très importants dans le déroulement du roman. Ensuite, nos justiciers aiment être en marge de la société et usent de déguisements pour ne pas être reconnu de la foule. Tous nos redresseurs de torts défendent les petites gens sans pour autant obtenir un salaire en contrepartie. Ils sont révoltés par l’inaction de l’État et souhaite rétablir un équilibre dans la justice.

Ensuite, nous pouvons repérer plusieurs différences entre les justiciers anglophones et francophones. La première est celle du comportement. Le justicier francophone est souvent très bien éduqué, possède un langage élevé et ne passe à l’action qu’au dernier moment tandis que le redresseur de torts anglophone est beaucoup plus impulsif, il agit avant de réfléchir aux conséquences de ses actes39. L’anglophone est souvent vulgaire dans ses propos, se fiche de qui l’entoure et est très violent. Il éprouve beaucoup moins de mal à tuer que son homologue francophone40.

3. Un retour aux sources

Après avoir effectué diverses recherches, nous avons réalisé que la littérature policière du XXIe siècle revenait à Robin des Bois lorsqu’elle cherchait de nouveaux héros.

3.1. Dans la littérature francophone : Guilhem d’Ussel

Jean d’Aillon nous propose deux romans mettant en scène une troupe de compagnons ressemblant étrangement à la troupe de Robin des Bois. Elle est composée de Guilhem d’Ussel, d’Hugues de Fer, du médecin Averroès, de deux saltimbanques romains et du meilleur archer d’Angleterre, Robert de Locksley. Dans le premier, 1198, Marseille, Roncelin disparait à Marseille et la troupe de joyeux compagnons se met à sa recherche. Dans le second, Paris, 1199, c’est Locksley qui disparait après être venu au chevet de Richard Cœur de Lion. Son épouse, Anna Maria demande alors l’aide des compagnons de Locksley pour qu’ils le retrouvent mais plusieurs pistes sont à explorer parmi les menaces qu’Anna Maria reçoit et les complots contre le roi Philippe Auguste.

L’auteur fait revivre le mythe du célèbre archer de Sherwood à travers ces deux romans mais il ne met pas Robin à la tête de la troupe. Chez d’Aillon, il n’est qu’un membre sous les ordres de Guilhem d’Ussel. Le nom de Locksley renvoie à la possible appartenance de Robin à la noblesse anglaise mais dans le second volume, l’écrivain nomme son héros « Robin Hood » ce qui authentifie l’utilisation de Robin des bois dans ces romans.
Le héros évolue dans une époque où les complots fleurissent à chaque coin de rue et où les écorcheurs sont très nombreux. Il ne fait pas bon sortir la nuit sans être accompagné de soldats.

Jean d’Aillon est l’un des seuls écrivains réutilisant la figure de Robin en le nommant de son vrai nom dans le roman policier. Même si les aventures du héros sont remises dans le contexte historique de la légende, il s’agit réellement de romans policiers car ils racontent une enquête et sa résolution par une troupe de justiciers de haut vol.

3.2. Dans la littérature anglophone : L’assassin de Sherwood 41

L’archer vert est aussi présent dans la littérature policière anglophone moderne. L’assassin de Sherwood de Paul Doherty en est un parfait exemple. L’écrivain nous plonge dans l’Angleterre du XIVe siècle et plus particulièrement au sein des guerres anglo-françaises entre les rois Edouard 1er et Philippe IV.

Tandis que les français s’apprêtent à attaquer les Flandres, Robin des bois mène une véritable fronde contre le royaume d’Angleterre. Edouard est donc sur deux fronts et mande son sceau royal, Sir Corbett d’arrêter les attaques de Robin envers les collecteurs royaux dans la forêt de Nottingham.

Le héros nous est présenté comme un justicier qui dérobe les richesses du royaume afin de les redistribuer aux plus démunis. Mais des crimes sanglants vont être commis et au fil des pages, nous réalisons qu’il ne s’agit pas de Robin car le criminel en question est beaucoup trop cruel. Enfin, nous apprendrons que le vrai Robin des bois, vivant dans une maison de retraite, sortira de l’ombre pour prouver son innocence.

Avec cet exemple, nous voyons que Robin des bois a laissé une trace indélébile dans nos mémoires comme un héros juste, pas d’un personnage cruel. La preuve étant que lorsque nous lisons cet ouvrage, nous ne pensons pas qu’il puisse s’agir de l’archer vert. Cette analyse colle parfaitement avec la réputation des différents justiciers que nous avons déjà rencontrés : le lecteur se souvient toujours des bons côtés de son héros et rarement de ses crimes. 

Conclusion

Pour conclure cette étude, nous pouvons dire que l’image du justicier selon le modèle de Robin des bois est toujours bien présente au sein des romans policiers contemporains. Même si ce modèle a quelque peu évolué au fil du temps, les caractéristiques principales du personnage sont toujours utilisées par les auteurs.

Tout d’abord, nous avons remarqué une certaine constante chez les justiciers consistant à être hors-la-loi tout en voulant rétablir une justice équitable pour tous. Puis, nous avons souligné le fait qu’ils défendent toujours les intérêts des pauvres face à l’oppression des riches. Ensuite, il est ressorti que les héros justiciers étaient tout le temps accompagnés d’acolytes qui l’aidaient dans ses aventures afin de mener à bien sa quête.

Mais nous avons aussi relevé des différences entre les écrivains francophones et anglophones. Premièrement, les écrivains francophones recherchent à poser leur récit tout en maintenant le suspens. Ils sont en quête d’un style d’écriture plus élevé que celui des anglophones. Ensuite, les francophones n’utilisent jamais de violence extrême dans leurs récits, ils créent des scènes de combat mais celles-ci ne sont jamais cruelles tandis que leurs homologues anglophones usent à foison de cette cruauté dans les actions42. Enfin, nous nous sommes aperçu au court de nos lectures que le rythme était beaucoup plus rapide chez les écrivains anglophones et plus précisément lors des actions cruciales pour le déroulement de l’enquête.

Enfin, nous pouvons voir que la figure légendaire de Robin des bois est encore utilisée sans aucune modification et dans son contexte historique dans des romans policier comme le fait Paul Doherty ou Jean d’Aillon. Mais même lorsque la figure du redresseur de tort est modifiée nous percevons tout de même derrière le héros des caractéristiques qui leurs sont communes et qui proviennent du plus célèbre résident de la forêt de Sherwood.

Notes

1 Les sources divergent. Pour plus de renseignements, se référer aux travaux de Baudoin Rémy et Bouchez Xavier.
2Brasseur, A., « Les pastourelles de Jehan Bodel », Arras au Moyen Âge: histoire et littérature, éd. Marie-Madeleine Castellani et Jean-Pierre Martin, Arras, Artois Presses Université (Langue et littérature françaises), 1994, p. 257-303.
3 Dans le IVe Lay, « Lay de franchise », le Chant Royal, CCCXV, la Balade MCLXIX et la Balade MCCLXV.
4Dumas Alexandre, Le Prince des voleurs, s. l.,M Lévy Frères, 1873, n. p.
5Poe Edgar Allan, Contes-essais-poèmes, Paris, Laffont, 1989, pp. 7-53.
6 Boileau-Narcejac, le roman policier, Paris, Presses Universitaires de France, 1994, 127p.
7Nicodème Béatrice, Le roman policier : bonne ou mauvaise lecture ?, Paris, Sorbier, 2004, 143p.
8Manchette Jean-Patrick, Le petit bleu de la côte ouest, Paris, Gallimard, 1976, n.p
9Frigero Vittorio, Les fils de Monte-Cristo, Limoges, Pulim, 2002, p. 358.
10VAREILLE Jean-Claude, L’homme masqué, le justicier et le détective, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1989, p. 107.
11Ibid 8
12VAREILLE Jean-Claude, L’homme masqué, le justicier et le détective, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1989, p. 108.
13Dumas Alexandre, Crimes célèbres, Paris, administration de librairies, 1839, p. 51.
14Œuvres complètes de Monsieur le vicomte de Chateaubriand, Paris, Lefèvre, 1836, 768 p.
15 Nettement Alfred, Etudes critiques sur le feuilleton-roman, Paris, Librairie du Perrodil, 1847, p. 357.
16Filloux Jean-Claude, Durkheim et le socialisme, Paris, Droz, 1977, p. 84.
17 Pour de plus amples informations : COMTE-SPONVILLE André, Arsène Lupin : gentilhomme-philosopheur, Paris, Éditions du Félin, 1996, 106 p.
18 Leblanc Maurice, L’aiguille creuse, 1909
19Leroux Gaston, Le mystère de la chambre jaune, s.l., s. ed., 1908, 449p.
20Féval Paul, Les habits noirs, Paris, s. ed., 1863, n. p.
21Ponson du Terrail Pierre-Alexis, La vérité sur Rocambole, s.l., Dentu, 1867, 237p.
22Vareille Jean-Claude, L’homme masqué, le justicier et le détective, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1989, 206p.
23Leroux Gaston, Le Coup d’état de Chéri-bibi, s.l., Le livre de poche, 1974, 377p.
24Leroux Gaston, Les Mohicans de Babel, s.l., Les humanoïdes associés, 1977, 304p.
25Frigero Vittorio, Les fils de Monte-Cristo, Limoges, Pulim, 2002, 358p.
26Vareille Jean-Claude, L’homme masqué, le justicier et le détective, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1989, p.175.
27Ibid 14.
28Christie Agatha, The murder of Roger Ackroyd, s.l., Harper Collins, 2011, 304 p..
29 Voir chapitre 3.
30 National Basketball Association
31Coben Harlan, Faux rebond, Paris, Poche, 2005, 407p.
32L’action se déroule toujours dans le New Jersey, un proche est menacé ou disparait et Myron mène son enquête jusqu’à risquer sa vie. Il trouve le criminel, lui cause de graves ennuis et celui-ci est arrêté par la police.
33Coben Harlan, Du sang sur le green, Paris, Pocket, 2007, 409 p.
34Coben Harlan, Balle de match, Paris, Pocket, 2005, 405 p.
35Grisham John, The pelican brief, s.l., Random House Publishing Group, 2006, 400p.
36Grisham John, The street lawyer, s.l., Random House Publishing Group, 2005, 384p.
37Vachss Andrew, Safe house, s.l., Knopf doubleday Publishing Group, 1999, 320 p.
38Vachss Andrew, Another Life, s.l., Knopf doubleday Publishing Group, 2009, 288 p
39 Rouletabille est poli et bien éduqué tandis que Burke est vulgaire et se fiche des convenances.
40 Comparez Arsène Lupin et Myron Bolitar.
41 Doherty Paul, L’assassin de Sherwood, s.l., 10/18, 1999, 254 p.
42 Myron Bolitar lynche parfois ses adversaires pour pouvoir mener son enquête.

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