Le personnage de Marianne dans la légende de Robin des Bois

Carlotta da Silva

 

Table des matières

Introduction
1. Les représentations de Marianne avant le XIXe siècle
2. Mise en contexte de la femme dans la littérature et la société britannique aux XIXe et XXe siècles
2.1 L’évolution de la femme dans la société britannique du XIXe siècle à nos jours
2.2 L’héroïne victorienne
3. La figure de Marianne au XIXe siècle
3.1 Marianne et le modèle de l’héroïne victorienne
3.2 Marianne, une héroïne féministe ?
3.3 Les différentes représentations de Marianne au XIXe siècle
3.3.1 La première moitié du XIXe siècle
3.3.1.1 Maid Marian de Thomas Love Peacock (1822)
3.3.1.2 Robin Hood and Little John de Pierce Egan (1840)
3.3.1.3 Maid Marian, the forest Queen de J.H. Stocqueler (1849)
3.3.2 La seconde moitié du XIXe siècle
3.3.2.1 The Life and Adventures of Robin Hood de John B. Marsh (1865)
3.3.2.2 The Foresters de Alfred Tennyson (1892)
3.3.3.3 Maid Marian and Robin Hood de J. E. Muddock (1892)
4. Marianne dans la littérature de jeunesse du XXe siècle
4.1 The Prince of Outlaws de Carola Oman (1937)
4.2 The Outlaws of Sherwood de McKinley (1988)
4.3 The Forestwife de Theresa Tomlinson (1993)
Conclusion

Étude

Introduction

Ce qui est sans nul doute intéressant lorsqu’on étudie un personnage légendaire, est qu’il existe d’innombrables manières de le représenter. En effet, étant donné que l’histoire à laquelle il appartient ne provient pas toujours d’une source originelle déterminée, et que bien souvent la tradition orale lui a fait prendre différentes formes, chaque époque (voire même chaque région) possède sa propre version de la légende. Cette évolution du récit à travers le temps est inévitablement marquée par les transformations aussi bien au sein de la société que dans les esprits.

Ainsi, ce travail se propose de mettre en relation l’évolution des représentations de Marianne dans la légende de Robin des Bois au fil du temps avec la progression des mentalités dans la société.

Pour effectuer cette comparaison, la tradition littéraire anglaise sera privilégiée, car elle offre un terrain d’étude beaucoup plus vaste en ce qui concerne la légende de Robin des Bois, mais aussi parce que l’Angleterre est un des premiers pays à s’être intéressé à la cause des femmes, ce qui aura inévitablement une répercussion sur la représentation de ses héroïnes. Pour la même raison, il est évident que ce sont les textes des XIXe et XXe siècles qui seront les plus intéressants à analyser. C’est en effet à partir du XIXe siècle que le débat sur le rôle de la femme a commencé à prendre plus d’importance.

Après avoir resitué brièvement les origines du personnage de Marianne, nous tenterons donc de mieux comprendre pourquoi celui-ci s’affirme de plus en plus dans la légende à partir du XIXe siècle en nous replaçant dans le contexte historique, idéologique, et littéraire de l’époque. Ensuite, nous aborderons plus en profondeur différentes versions du personnage des XIXe et XXe siècles.

Ce travail ne se veut pas exhaustif mais bien le plus pertinent possible. C’est pourquoi nous ne chercherons pas à parler à tout prix de toutes les œuvres littéraires qui reprennent le personnage de Marianne, mais uniquement de celles qui nous aiderons à démontrer comment un personnage de fiction peut refléter les mentalités du moment.

1. Les représentations de Marianne avant le XIXe siècle 1

Avant le XIXe siècle, Marianne ne fait que quelques rares apparitions dans la légende.

Aux XVe et XVIe siècles, elle fut introduite dans la légende anglaise dans le contexte des jeux de mai, un jour de célébration religieuse qui fut dévoyé en diverses activités profanes. Le caractère licencieux de ces jeux marque les premières représentations de Marianne en littérature2 (bien qu’il soit difficile d’affirmer avec certitude que c’est bien l’imagerie des jeux qui influença les ballades et non l’inverse).

Cependant, bien avant cela, Robin et Marianne avaient déjà été mentionnés ensemble dans la littérature française. Le trouvère français Jehan Bodel dans sa Pastourelle (vers 1200) associe déjà Robin à une bergère (même si le nom de Marianne n’est pas cité explicitement, on peut imaginer qu’il s’agit d’elle). Ce personnage de la bergerette prend ensuite le nom de Marion sous la plume du poète Adam de la Halle dans le Jeu de Robin et Marion (1275). Cette histoire alimenta probablement les jeux de mai, mais il est difficile de dire si elle est véritablement à l’origine de la légende car la tradition anglaise semble avoir évolué totalement indépendamment de ce récit.3 Plus tard, Marion apparaît aussi aux côtés de Robin dans l’œuvre d’Eustache Deschamps, un poète français de la seconde moitié du XIVe siècle.

Pour en revenir à la tradition littéraire anglaise, le personnage de Marianne est cité dans la ballade Robin Hood and the Friar datant de 1560. Dans ce poème Robin présente Marianne comme une « Lady free » (une femme aux mœurs légères). Il s’agit donc bien ici d’une référence au côté dépravé de la Marianne des jeux de mai.

Le caractère paillard de Marianne va ensuite s’effacer pour laisser place à la figure créée par Munday au XVIe siècle. Les pièces The Downfall of Robert, Earl of Huntington et The Death of Robert, Earl of Huntington écrites vers 1597 confèrent pour la première fois une noble naissance à Robin et Marianne. Il s’agit donc de la première Marianne qui se rapproche réellement de l’image que nous nous en faisons aujourd’hui : une jeune femme issue de l’aristocratie qui a fuit un monde de privilèges pour vivre avec son amant en hors-la-loi dans la forêt. Elle se nomme ici Matilda Fitzwater et ne prendra le nom de Marianne qu’après avoir rejoint le groupe de Robin des Bois.

Aux alentours de 1600 on trouve également un poème signé S.S. intitulé Robin Hood and Maid Marian (Annexe). Cette œuvre à propos de Robin des Bois n’est pas celle qui a marqué le plus les esprits, mais elle est importante pour retracer l’évolution du personnage de Marianne. En effet, c’est la première fois qu’apparaît dans la légende l’épisode du combat entre Robin et Marianne tous deux déguisés. Cette scène sera reprise plus tard par d’autres versions comme celle de Peacock, John B. Marsh, ou encore Carola Oman. De plus, il s’agit de la première tentative sérieuse de donner à Marianne un rôle un tant soit peu consistant dans les ballades de Robin des Bois.
Pour créer cet épisode, l’auteur anonyme a probablement été influencé par l’apparition de Marianne, ou Matilda, dans les pièces de Munday où la scène développée ici avait déjà été esquissée (Marianne vêtue en page allant à la rencontre de Robin dans les bois)4, ou encore par les comédies de Shakespeare The Two Gentlemen of Verona et As You Like It, écrites peu auparavant. Dans ces deux dernières pièces en effet, la jeune femme se déguise en homme et pénètre dans la forêt pour rencontrer son amant qui ne la reconnaît pas dans ses habits masculins, comme c’est le cas dans la ballade qui nous intéresse.5

Ensuite, en 1637, la pièce The Sad Shepherd de Ben Jonson reprend aussi la figure de Marianne. Cette pièce écrite dans le genre pastoral, présente un monde idéalisé de bergers. Marianne y est donc présentée sous les traits d’une bergerette (peut-être peut-on y voir un clin d’œil à l’œuvre d’Adam de la Halle). Deux nouveaux personnages féminins apparaissent : la sorcière Maudlin et sa fille Douce. La pièce The Sad Shepherd, bien qu’originale car elle présente pour une fois différentes visions de la femme (la femme douce et serviable que représente Marianne s’oppose à la vision de la femme dangereuse et cruelle qu’incarne la sorcière), ne laissa pas sa marque dans la légende.

Le personnage de Marianne ne fait donc pas réellement partie de la légende à l’origine. Elle n’est mentionnée que dans deux ballades. Ce n’est que vers la fin du XVIe siècle avec la pièce de Munday que la Marianne aristocrate que nous connaissons aujourd’hui verra le jour. Cependant, il faudra attendre le XIXe siècle pour que son personnage ne devienne vraiment récurrent dans la légende.

2. Mise en contexte de la femme dans la littérature et la société britannique aux XIXe et XXe siècles

Le rôle que jouent les figures féminines dans la littérature peut être étudié en regard de l’intégration progressive des femmes dans la société contemporaine. C’est ce que ce chapitre se propose de faire à travers le personnage de Marianne. Mais avant de proposer une telle lecture de l’héroïne, il convient dans un premier temps de se mettre au fait du contexte historique, idéologique, et littéraire d’une époque que nous connaissons peut-être moins bien : le XIXe siècle.

2.1 L’évolution de la femme dans la société britannique du XIXe siècle à nos jours

Au XIXe siècle, il y avait en Angleterre une séparation radicale entre la sphère publique, domaine de l’homme, et la sphère privée, domaine de la femme. Cette rupture fut poussée au point que les femmes de la classe moyenne (celles qui pouvaient se le permettre) furent totalement exclues de toute forme de travail.

Cet idéal de domesticité fut formulé successivement dans les écrits de Ruskin et de Coventry Patmore, qui voyaient la maison comme un sanctuaire gardé pieusement par la femme. Ruskin dans son ouvrage Of Queen’s Gardens de 1865, explique que l’homme est confronté à tous les dangers et peines par son dur travail dans le monde extérieur, mais qu’il préserve la femme de tout cela. Cette conception du mariage est une forme moderne de chevalerie où le mari allait combattre au dehors tandis que sa femme l’attendait à la maison. La maison doit représenter un lieu de paix, un endroit sacré. Il ne s’agissait plus seulement de garder la femme confinée à la maison pour préserver sa chasteté, mais pour préserver l’idéal de la maison et de la famille.6

Cependant, il y avait un véritable fossé entre l’idéologie domestique de l’Angleterre victorienne et les réalités de la vie de tous les jours. Ce décalage était d’autant plus ressentie par la classe moyenne qui éprouvait un ennui et une frustration particulièrement intenses face à ce rôle de maîtresse de maison qui était loin de les satisfaire. Les femmes menaient alors une vie vide de sens et oppressante.7

La notion de sphères séparées, profondément ancrée dans les esprits, a aussi un rôle important à jouer pour comprendre ce qui fit obstacle aux droits de la femme au XIXe siècle. Il était en effet très difficile pour les femmes d’échapper à leur morne quotidien, mais elles prirent rapidement conscience de leur situation et leurs revendications se dessinèrent de plus en plus clairement sur plusieurs plans : le droit à une meilleure éducation, à la propriété, puis, à celui de voter.

La discussion à propos du rôle de la femme dans la société victorienne atteignit son paroxysme dans les années 1890. Une nouvelle figure commençait alors à se profiler : celle de la femme indépendante. La plupart des journaux et magazines faisaient régulièrement paraître des articles sur la question de la femme, certains sérieux, d’autres satiriques, d’autres polémiques. Ils utilisaient des expressions railleuses pour décrire la femme émancipée, comme « The Unwomanly Woman », ou plus communément « The New Woman ». La « New Woman » faisait partie de la classe moyenne, était éduquée, fumait, montait à bicyclette, lisait de la littérature considérée comme avancée ou décadente comme Ibsen ou Zola, et avait des idéaux progressistes. Cette nouvelle figure de la femme devint un sujet populaire dans la fiction et au théâtre. Elle était souvent caricaturée comme étant une figure sociale déviante qui était sujette à une instabilité mentale et qui présentait une tendance androgyne. Cela en dit long sur les anxiétés d’une société qui se sentait menacée par les revendications féministes.

Les Anglais avaient toujours des appréhensions tenaces à l’égard de la femme et continuaient à s’opposer à leur droit de vote. Ils étaient encore fort réticents à envisager une quelconque égalité entre les hommes et les femmes, et l’accès des femmes à la sphère publique perturbait beaucoup d’hommes. Dès les début du suffragisme, on voit donc les pensées les plus conservatrices s’opposer à cette demande, pourtant légitime, du sexe dit « faible ». La question du vote des femmes fit surgir « des peurs viscérales, celle de la masculinisation de la femme ou de l’indifférenciation sexuelle. […] On avance l’argument au parlement que le vote allait « a-sexuer » les femmes. […] On annonça la confusion des genres, la presse parla du troisième sexe androgyne à propos de la bicyclette : c’était la fin des femmes mères, c’en était fait de la race britannique »8.

Heureusement, les réformes acceptant les femmes dans des niveaux d’éducation plus élevés, démontrèrent bientôt l’égalité intellectuelle que la séparation des sphères avait discréditée.
La place de la femme dans la société britannique du XIXe siècle est donc complexe. D’un côté, les mœurs sociales prédominantes exigent de la femme qu’elle reste à la maison et qu’elle supporte son mari dans ses activités masculines. D’un autre côté, les femmes outrepassent de plus en plus souvent la sphère domestique en prenant plus d’initiatives dans les affaires nationales et pénétrant par là même dans la sphère publique. La majorité de la population considérait ce comportement comme inadmissible et comme une atteinte à la morale, mais parallèlement une petite minorité (composée aussi bien d’hommes que de femmes) perçut dans les efforts de ces dames une chance de redéfinir la nation.9

La littérature de l’époque victorienne nous présente d’ailleurs une image confuse de la femme à l’image du trouble qui règne dans les esprits : bien que le modèle de l’héroïne victorienne soit prédominant, on voit poindre la figure émergeante d’une nouvelle race de femmes, émancipées des conventions.

À partir du XXe siècle, on distingue peu à peu une aspiration à la dissolution de la différence entre les sexes. On voit apparaître de plus en plus d’associations masculines soutenant les suffragettes. La campagne pour le suffrage des femmes prit l’aspect d’une lutte pour l’égalité et c’est en 1928, enfin, que les femmes obtinrent le droit de vote en Angleterre.

À partir de ce moment, leur lutte changea de visage : il ne s’agira plus tant de modifier la société, mais surtout les mentalités. La discrimination envers les femmes ne cessa jamais vraiment de s’exercer. Encore aujourd’hui, des qualifications ou une formation professionnelle égales ne sont pas toujours assez pour donner aux femmes les mêmes opportunités professionnelles que les hommes. Les femmes sont parfois même obligées d’insister sur les systèmes de quota pour obtenir les mêmes postes.

Au XXe siècle, on constate aussi que le féminisme peut prendre différents visages. Souvent, les femmes ont réclamé une égalité des chances en reniant certains de leurs besoins et intérêts, et en se conformant aux normes masculines. Cette attitude, comme le constate la théoricienne féministe Toril Moi10, réside dans la croyance en des identités sexuelles fixes. Or, de plus en plus de femmes tendent à se définir indifféremment selon des critères qu’on peut attribuer aux hommes ou aux femmes. De nombreuses fois dans le passé, les femmes ont déclaré leurs différences comme étant non pertinentes et sans importance afin de justifier leur égalité avec les hommes, et mis en avant ce qui les rapprochait d’eux. Cependant, comme le disent de Groot et Maynard dans leur ouvrage Women’s Studies in the 1990s: Doing Things Differently?11, il faudrait davantage percevoir les genres dans leurs diversités et non les réduire à un système binaire. Elles suggèrent qu’à notre époque, il est temps que la femme arrête de vouloir s’imposer en tant qu’homme dans la société, mais qu’elle possède les mêmes droits tout en suivant sa vraie nature, en étant considérée comme un individu, avec toutes les multiplicités d’identité que cela implique.

2.2 L’héroïne victorienne12

La plupart du lectorat, des critiques et des écrivains anglais du XIXe siècle estimaient que les représentations de la femme devaient être chastes et insister sur ses bons sentiments. Les personnages féminins principaux devaient être nobles d’esprit et vertueux.

Ce qui caractérise le mieux l’héroïne victorienne est sa chasteté, sa passivité et sa dépendance. Cette figure littéraire est ainsi souvent considérée comme insipide, car il s’agit d’un personnage qui manque cruellement de passion.

Le roman était supposé servir l’idéal de convenances victorien en démontrant que la femme pouvait être heureuse en se contentant de remplir son rôle domestique. On s’attendait à ce qu’après maintes péripéties, l’héroïne finisse par épouser le héros, ce n’est qu’à cette condition que l’histoire pouvait ainsi bien se terminer.
Un lecteur moderne serait surpris de ne trouver que des personnages féminins peu développés dans la fiction. Mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque, où les modèles de vertu étaient des femmes comme Agnes dans David Copperfield de Dickens, ou la Romola de George Eliot. De telles héroïnes étaient appréciées pour leur disposition à se sacrifier et leur dévotion absolue envers les autres.13

Toutefois, une minorité d’écrivains refusèrent de perpétrer cette représentation fausse et idéalisée de la femme. Ils se rendaient bien compte de l’écart qui existait entre le modèle de conduite victorien et la façon dont beaucoup de femmes vivaient réellement. Ces auteurs faisaient preuve d’un certain degré de conscience féministe. C’est ainsi qu’on peut lire des œuvres comme Mary and Barton et Ruth de Mrs Gaskell, dans lesquelles l’écrivaine tente d’aborder le sujet des prostituées et des femmes perdues, ou The Tenant of Wildfell Hall de Anne Brontë où une épouse quitte son mari abusif pour aller élever son enfant seul, subvenant elle-même à leurs besoins, ou encore Vanity Fair de W. M. Thackeray, où là encore la description des femmes défie la morale de l’époque.

Par ailleurs, il ne faudrait pas sous-estimer le pouvoir critique de ces romanciers. Leur travail constitue clairement la base de la littérature féministe qui s’esquisse déjà depuis le XVIIIe siècle. Bien que ce petit groupe d’écrivains du milieu du XIXe siècle ne remette pas en question le système même des convenances, ils épinglent quand même les frustrations et le malheur qui en découlent.

Ainsi, à travers ces livres ouverts à la cause des femmes, on peut percevoir une certaine conscience des difficultés auxquelles la femme était confrontée dans la société victorienne. Des protagonistes plus modestes comme les filles d’usine, les gouvernantes, ou les prostituées firent leur apparition dans la fiction et, même si elles n’étaient pas souvent élevées au rang d’héroïnes, leur personnage avait toutefois le mérite de soulever la polémique en faisant la lumière sur certains faits de société.

Les stéréotypes féminins que l’on peut percevoir à travers la littérature (de la prostituée à la plus noble jeune fille) nous en disent long sur la vision de la femme et les attentes des hommes à l’ère victorienne.  Les auteurs hésitaient entre un discours qui défende les droits de la femme, et le besoin littéraire de fournir des stéréotypes culturels.14

Avec les débuts d’un mouvement féministe plus organisé dans les années 1870, les conventions définissant le comportement adéquat pour une jeune fille s’assouplirent, ce qui se remarque aussi en littérature. Cependant, même si des changements s’opérèrent dans les manières, cela ne veut pas dire que la structure idéologique des romans changea elle aussi, et à travers les héroïnes émancipées d’une Miss Bradon ou d’une Mrs Opliphant (des écrivaines incarnant une vision très moderne pour l’époque), on constate toujours certaines limites morales. Les jeunes filles indépendantes que ces écrivains nous dépeignent sont loin d’être insipides et fragiles, mais elles ne défient pas non plus les stéréotypes patriarcaux. Même la fameuse écrivaine Louise Ramée, qui choqua son époque et dont certains romans furent bannis des librairies, avait une vision relativement conventionnelle de la femme.
En fin de compte, même les plus sensationnelles de ces femmes écrivains démontrent que si les femmes de lettres deviennent plus libres dans leurs paroles et plus volontaires à exprimer leurs véritables sentiments, la plus grande partie de ce qu’elles écrivent à propos de la femme reste flatteur pour l’homme.

Par ailleurs, la notion romantique de l’amour reste prédominante chez la plupart de ces auteurs supposés pourtant plus audacieux. L’amour reste un intérêt fondamental dans toute la fiction du XIXe siècle et la femme en est le centre. Les femmes représentées dans la plupart de ces romans vivent presque exclusivement à travers leurs émotions. L’amour –c’est-à-dire l’homme – reste le but à atteindre. L’homme sous la forme de la passion amoureuse, continue donc à dominer leur vie et reste l’ingrédient essentiel à la composition de leur bonheur.

Ainsi, le défi pour les auteurs futurs consistera à redéfinir cette conception de l’amour et les attentes qui l’accompagne en ce qui concerne le mariage, la sexualité, la domesticité, et la maternité, si on veut libérer les protagonistes féminins de ces barrières conventionnelles pour en faire de véritables héroïnes, agissant sans peur contre les injustices, à commencer par celles dont elles sont elles-mêmes victimes.

3. La figure de Marianne au XIXe siècle

La conscientisation de la condition de la femme et la volonté de changer profondément la société qui caractérisent le XIXe siècle, ont laissé des traces à travers la fiction et la représentation des héroïnes. On distingue dans la littérature les doutes et mécontentements de l’époque à propos de la place de la femme dans la société.15

Un lecteur peu averti du contexte littéraire et idéologique de l’époque, aurait pu, à travers la légende de Robin des Bois, penser que les attitudes des femmes à l’époque victorienne n’étaient peut-être pas si limitées qu’on pourrait le croire. Mais il faut bien prendre conscience que Marianne est loin d’incarner l’héroïne romantique victorienne typique – peut-être son origine folklorique excusait-elle la licence de son caractère. Toujours est-il que ce qui est remarquable dans les versions de Marianne au XIXe siècle, est que ses auteurs n’ont pas cherché à l’adapter au modèle de l’époque. Au contraire, malgré sa non-conformité elle est généralement présentée comme un personnage très positif, et est élevée au rang de modèle pour les jeunes femmes d’alors.

3.1 Marianne et le modèle de l’héroïne victorienne

Dès ses premières apparitions dans la légende, Marianne incarna une jeune femme effrontée et d’une nature impétueuse, à l’opposé donc du modèle de convenance féminin sous le règne de la reine Victoria. Dans le Jeu de Robin et Marion, elle présentait déjà un caractère impertinent lorsqu’elle osait mépriser le chevalier, pourtant d’une classe sociale supérieure à la sienne.16 Mais, plutôt que d’essayer d’atténuer le caractère rebelle et l’ouverture d’esprit de Marianne, les auteurs du XIXe siècle l’ont accentué et même sublimé. On la retrouve ainsi maniant aussi bien l’arc que l’épée, et dans certaines versions de la légende, comme chez Peacock ou John B. Marsh, elle va même jusqu’à affronter Robin des Bois en combat singulier. De plus, elle a son rôle à jouer dans l’organisation du petit groupe de Sherwood, et son avis est pris en compte au même titre que ceux des autres membres du groupe.17

Marianne est donc une femme libre et indépendante, qui ne reste pas confinée au domaine domestique, mais se mêle aussi à des activités masculines comme les combats et les complots. Elle n’a pas peur de franchir la frontière des genres et se revêtit souvent en homme. Toutefois, elle prend à l’héroïne victorienne quelques traits comme la tendance à se laisser guider par ses émotions et à ne vivre que pour les autres (et particulièrement pour son grand amour, Robin). De plus, par son appellation originelle de Maid Marian en anglais, elle garde quelque part un trait chaste (« Maid » signifiant « jeune fille », « vierge »).

Il est certain que Marianne reste une héroïne émancipée et marginale du fait notamment qu’elle est une jeune fille de noble naissance vivant dans la forêt, mais parfois, comme dans le roman de Pierce Egan, elle peut aussi jouer le rôle de la demoiselle en détresse proche du modèle victorien.

Finalement, on voit que, même si le personnage de Marianne n’est pas exactement conforme à l’héroïne victorienne, il y a toujours quelques influences, et le stéréotype de la belle à secourir reste présent dans certains récits. Enfin, au XIXe siècle, Marianne n’échappe pas à la conception romantique qui domine invariablement la littérature victorienne : celle d’une femme qui sacrifie tout (son titre, sa fortune, son confort) par amour.

3.2 Marianne, une héroïne féministe ?

Les critiques de Robin des Bois ont manqué de pointer le potentiel héroïque de Marianne par ses qualités comme son courage, son intelligence, sa force. Curieusement, le travestissement de Marianne et sa potentielle analyse féministe ont été largement ignorés. On peut en effet faire une analyse féministe de Marianne à travers la ballade Robin Hood and Maid Marian par exemple, qui est à la base de l’étoffement du personnage.18

Dans ce texte, Marianne explore les possibilités de son déguisement masculin. Lorsqu’elle rencontre Robin dans les bois, il est lui aussi déguisé, si bien qu’ils ne se reconnaissent pas et commencent à se battre.

Le déguisement permet à celui qui le revêt de participer à des activités qui ne lui étaient peut-être pas forcément autorisées avant. Dès lors, son travestissement permet aussi à Marianne de combattre, et d’être évaluée dans ses prouesses au même titre qu’un homme, sans préjugés.

D’ailleurs, son habilité au combat présente un caractère encore plus transgressif que son déguisement masculin. En effet, au Moyen âge et à la Renaissance, il était plus courant de voir des femmes se déguiser en hommes pour se protéger par exemple, que manier l’arc et l’épée. On peut ainsi voir certaines héroïnes de Shakespeare, comme Viola dans La Nuit des Rois, se travestir dans ce but.19

Dans la ballade, Marianne est aussi douée au combat que Robin, et d’ailleurs aucun des deux ne parvient à battre l’autre. C’est finalement Robin qui met fin à l’affrontement en lui proposant de se joindre au clan de hors-la-loi. Reconnaissant son bien-aimé, Marianne alors se découvre.

On peut donc faire une lecture féministe de cet épisode dans la mesure où Marianne n’a pas peur de se faire passer pour un homme pour obtenir les mêmes droits et exercer les mêmes activités (elle prouve en plus qu’elle y excelle aussi bien que son homologue masculin). En cela, elle rappelle inévitablement la figure de la « New Woman » dont nous avons parlé précédemment, qui n’hésitait pas à user du même procédé : se travestir en homme pour revendiquer les mêmes droits.

De plus, Marianne a à la base un potentiel héroïque bien plus important que la plupart des héroïnes qu’on retrouve au XIXe siècle. Son inclination pour le combat et son goût pour les aventures qu’on perçoit à travers le fait de vouloir vivre au sein d’une bande de hors-la-loi, la présente comme prédisposée à agir héroïquement et sans peur, contrairement aux autres figures féminines de l’époque qui ont davantage tendance à attendre d’être sauvées.

Ce caractère héroïque de Marianne est important à souligner car il pourrait la prédisposer à être une véritable héroïne féministe, mais nous verrons qu’au XIXe siècle, les auteurs ne savent pas encore tirer parti de ce potentiel. Il faudra attendre le XXe siècle pour voir davantage ce rôle se concrétiser.

Par ailleurs, cet héroïsme est aussi intéressant à remarquer car, en littérature, on a souvent tendance à oublier de cibler le public féminin. Or, les jeunes filles aiment lorsqu’il y a une héroïne dans l’histoire, car cela leur permet de s’identifier. Elles apprécient de les voir puissantes et tenir un rôle important, car elles peuvent percevoir ainsi ce qu’il y a d’héroïque en elles.

3.3 Les différentes représentations de Marianne au XIXe siècle20

Regardons à présent de plus près quelques exemples des représentations que l’on peut trouver de Marianne à travers la légende de Robin des Bois au XIXe siècle.

Nous avons déjà souligné à plusieurs reprises le développement du rôle de ce personnage à cette période, toutefois notons que le personnage de Marianne n’apparaît pas toujours non plus dans les textes du XIXe siècle sur Robin des Bois (dans l’Ivanhoe de Walter Scott par exemple, Marianne est absente du  récit).21

La nette amplification du rôle de Marianne dans la légende reflète, comme nous l’avons déjà souligné, les changements qui ont permis davantage d’autonomie et de liberté aux femmes, mais nous verrons que Marianne ne joue pas toujours un rôle révolutionnaire pour autant.

Enfin, de manière générale, on peut affirmer que c’est à partir du XIXe siècle que, dans les esprits, sa figure commencera à devenir indissociable de celle de Robin par sa présence de plus en plus récurrente dans les récits du héros légendaire.

3.3.1 La première moitié du XIXe siècle

3.3.1.1 Maid Marian de Thomas Love Peacock (1822)

Maid Marian est un des romans les plus célèbres dans les pays anglo-saxons à propos de la légende de Robin des Bois. Thomas Love Peacock y dépeint Marianne comme une figure sensuelle que son pouvoir aussi bien sexuel que spirituel rend invincible face à ses adversaires masculins. Pour Peacock, Marianne représente la force physique par son maniement de l’arc, mais aussi psychologique, par son insoumission aux modèles établis et son indomptable volonté.Quand son père, le Baron Fitzwater, lui interdit d’aller chasser par exemple, elle montre sa détermination à faire ce qu’il lui plaît :

"Well, father," added Matilda, "I must go to the woods."
"Must you?" said the baron; "I say you must not."
"But I am going," said Matilda.   "But I will have up the drawbridge," said the baron.
"But I will swim the moat," said Matilda.
"But I will secure the gates," said the baron.
"But I will leap from the battlement," said Matilda.
"But I will lock you in an upper chamber," said the baron.
"But I will shred the tapestry," said Matilda, "and let myself down."
"But I will lock you in a turret," said the baron, "where you shall only see light through a loophole."
"But through that loophole," said Matilda, "will I take my flight, like a young eagle from its eerie; and, father, while I go out freely, I will return willingly: but if once I slip out through a loop-hole"22

Cet extrait montre son incroyable force de caractère et son désir ardent de liberté. Marianne incarne le désir de toute jeune fille de tenir tête face à son père et de parvenir à s’émanciper. Comme un aigle ou un animal sauvage, aucune cage ne pourrait la retenir.

La Marianne de Peacock sait aussi bien coudre, cuisiner et converser comme une femme – et elle a d’ailleurs toute l’élégance d’une jeune femme aristocratique –, que se battre comme un homme. Cette dernière caractéristique fait écho à la Marianne présentée dans la ballade anonyme Robin Hood and Maid Marian du début du XVIIe siècle.23

Ainsi, lors d’un duel, elle démontre qu’elle arrive à égaler le roi lui-même. En effet, lorsque Richard Ier traverse la forêt de Sherwood habillé comme un simple chevalier, il rencontre un « fine young outlaw » qui insiste pour qu’il rende visite à son maître. Comme le roi refuse, ils commencent à se battre.

The knight had an uncommon degree both strength and skill: the forester had less strength, but not less skill than the knight, and showed such a mastery of his weapon as reduced the latter to great admiration.24

L’homme de la forêt fait preuve de moins de force que son adversaire mais est tout aussi habile à maîtriser son arme, si bien qu’il force son admiration. C’est alors que Frère Tuck apparaît et demande au roi pourquoi il attaque leur « lady queen ». Étonné, le roi déclare que si effectivement il s’agit d’une lady, un homme ne l’a jamais encore tenu si longtemps.

Le portrait que Peacock dresse de Marianne ne semble pouvoir correspondre qu’à une vision très ouverte de la femme. Lorsqu’on s’intéresse de plus près à la vie de l’auteur, on constate qu’en effet, il fut un ardent défenseur de la cause des femmes. Comme son ami, l’écrivain Percy Shelley, Peacock critique ses contemporains qui estiment que la femme doit rester passive, tel un objet, plutôt qu’active, comme un véritable être pensant. Après avoir lu le travail de Mary Wollstonecraft Vindication of the Rights of Women, Peacock s’est mis à croire que l’intelligence des femmes devait être défendue et non dépréciée comme c’est le cas habituellement. On peut ainsi dire que le travail de l’écrivain anglais est marqué par une profonde conscience féministe.

Cependant, le libéralisme de Peacock a ses limites et on ne pourrait qualifier l’auteur de « féministe » au sens moderne du terme. Dans son œuvre, Marianne est plus une gentille petite fille émancipée qu’une véritable héroïne féministe. Sous ses dehors peu conventionnels, Marianne est loin d’être un garçon manqué : dans chacun de ses gestes elle garde une grâce et une maîtrise d’elle-même essentiellement féminines et sensuelles.

Finalement, cette caractérisation de Marianne que nous présente Peacock – une héroïne active et affirmée, mais qui conserve néanmoins ses caractéristiques les plus fondamentalement féminines –, est celle qui dominera généralement la littérature victorienne.

3.3.1.2 Robin Hood and Little John de Pierce Egan (1840)

Robin Hood and Little John est un roman qui fut aussi très populaire à l’époque et dont Alexandre Dumas tirera la matière de ses deux romans Le Prince des voleurs (1872) et Robin Hood le Proscrit (1873).

Dans cette version, Marianne oscille entre la vision victorienne de la femme et une conduite plutôt masculine. Par exemple, dans une des premières scènes elle s’évanouit face à un homme du Shérif et attend d’être sauvée par Petit Jean, alors que plus tard, lorsqu’elle est confrontée à un chevalier normand, elle lui dérobe sa dague et l’immobilise jusqu’à ce que Robin des Bois arrive.

Les représentations de Marianne ne sont donc pas toujours nettement tranchées.

3.3.1.3 Maid Marian, the forest Queen de J.H. Stocqueler (1849)

Maid Marian, the forest Queen, un ouvrage qui est d’abord paru sous la forme de roman feuilleton, offre aussi une description ambivalente de Marianne qui se manifeste déjà dans son aspect physique :

Altought the green tunic, the russet boot and the close fitting hose – the broad felt hat, and the black hackle plucked from eagle’s wing – the bugle, the staff, and the couteau de chasse, or hunting kniffe, would have denoted a man, and he a laless forest ranger; the face, the delicate limbs, the rich ringlets which covered the hand on which the Small head reclined, left no doubt that the recumbent form was that of one of the opposite sex.25

Dans la première moitié du XIXe siècle, on peut ainsi constater que les auteurs anglais ont laissé à Marianne un degré limité de liberté en raison des contraintes liées à la conduite des femmes. En outre, ils s’appliquaient à indiquer que, sous les apparences, Marianne gardait ses qualités féminines essentielles.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, cependant, Marianne sera davantage associée à des types de comportements plus masculins et sera de plus en plus représentée portant un habit d’homme.

3.3.2 La seconde moitié du XIXe siècle

3.3.2.1 The Life and Adventures of Robin Hood de John B. Marsh (1865)

The Life and Adventures of Robin Hood est un roman destiné à la jeunesse. Dans cette œuvre John B. Marsh  insiste sur les prouesses à l’arc de Marianne. Elle bat presque Robin au cours d’un tournoi de tir à l’arc et, lors d’un autre épisode, elle le sauve, lui et Will Scarlett, de l’attaque acharnée d’un daim. Comme dans la ballade Robin Hood and Maid Marian, on retrouve l’épisode du combat entre Robin et Marianne déguisée.

 […] dressed herself like a boy and went into the forest to seek for Robin. At last she met him, but he did not know her in boy’s clothes, and with a drawn sword in her hand. Maid Marian would not tell him at first who she was; she attacked him and fought with him, but he soon struck her sword out of her hand. Then she took off her cap, and let her golden hair fall over her shoulders, and Robin knew at once that it was Marian.26

Encore une fois, on insiste sur le fait qu’elle use d’un déguisement afin de cacher son identité de femme et qu’on juge neutralement son habilité au combat. Ce qui est original dans cette scène, est le fait que Marianne reconnaît Robin. C’est elle qui lance le duel, voulant probablement par là lui prouver qu’elle est capable de le défier en combat singulier. Elle est donc tout à fait consciente pour une fois qu’elle affronte son amant, puisque lui n’est pas déguisé, et le défie délibérément, profitant de son apparence d’homme pour tester un combat loyal, où on ne la ménagerait pas en raison de son sexe.

3.3.2.2 The Foresters de Alfred Tennyson (1892)

Dans The Foresters, une pièce de théâtre de Alfred Tennyson, Marianne est présentée comme la fille d’un certain Sir Richard Lea qui désire la marier à un riche prétendant afin de pouvoir payer ses propres dettes. Robin aime Marianne, mais il est sans le sou, et le Shérif de Nottingham ainsi que le Prince Jean prétendent aussi à la main de la jeune fille. Dans cette version de la légende, Tennyson introduit de nouvelles relations originales entre les personnages, notamment en faisant de Sir Richard le père de Marianne.

Cependant, ce qu’il y a de plus remarquable dans cette pièce, est qu’on constate qu’à partir des années 1890, Marianne s’émancipe de plus en plus clairement du modèle de l’héroïne victorienne stéréotypée comme en témoigne cet extrait :

Tut, Father ! I am none of your délicate Norman maidens who can only broider and mayhap ride a-hawking with the help of the men. I can bake and I can brew, and by all the saints I can shoot almost closely with the bow as the great Earl himself.27

3.3.3.3 Maid Marian and Robin Hood de J. E. Muddock (1892)

Encore une fois, Marianne défie les conventions de la conduite féminine :

She had no fear […] in venturing into the forest alone, but […] had she paused to reflect a little, she could scarcely have avoided the conclusion that she was laying herself open to severe criticism; for would not her friends and neighbours declare that she was over bold and lacking in maiden modesty ? But she did not pause […] she gave no thought as to what the villagers might say.28

Dans Maid Marian and Robin Hood de J. E. Muddock, Marianne n’a pas peur de se promener seule dans la forêt et ne prête absolument pas attention à ce que l’on pourrait dire d’elle. Elle fait même preuve de bravoure et, lorsque Robin des Bois est capturé par les hommes du Shérif, au lieu de se plaindre et de pleurnicher, elle décide de l’aider à s’échapper en lui faisant passer une épée.

Tous ces exemples témoignent de son comportement déterminé et marginal assez hors du commun pour une héroïne dans la littérature de l’époque. Cependant l’élément le plus important à retenir, est qu’aucun des auteurs cités ne jugent ou ne censurent le personnage de Marianne, malgré une attitude qui, selon les standards victoriens, pourrait paraître subversive ou, en tout cas, pouvait être considéré comme « anti-féminine ».

Cela ne veut pas dire pour autant, comme nous avons pu le voir avec Peacock, que ces écrivains soutenaient le féminisme. Au long du XIXe siècle, ceux qui croyaient sincèrement à l’égalité entre hommes et femmes étaient très peu nombreux. Mais la façon dont Maid Marian fut représentée dans ces œuvres, nous montre que la participation de la femme dans la sphère publique ne fut pas toujours perçue d’un mauvais œil.

Dans ces récits, Robin des Bois et ses compagnons n’émettent pas d’objection à l’idée qu’une femme se batte à leurs côtés et participe à leurs activités. De ce point de vue, Marianne correspond à une longue tradition dans la culture anglaise. L’Angleterre, en effet, a longtemps vu des femmes qui surent s’imposer sur le devant de la scène (particulièrement politique) comme Elisabeth Ire au XVIe siècle ou encore Margareth Thatcher plus récemment. On les appelle là-bas les « Warrior Queens ».29 Comme elles en politique, Marianne, en littérature, fait quelque part partie de ces femmes leaders qui marquèrent l’Angleterre.

Néanmoins, il est important de signaler que le personnage de Marianne n’a pas toujours été présenté de façon positive comme ce travail pourrait le laisser croire jusqu’à présent. Vers la fin du XIXe siècle, la figure de Marianne fut parfois associée à celle de la « New Women », souvent ridiculisée dans la presse de l’époque.

Comme nous l’avons déjà expliqué plus haut, cette appellation visait un type de jeune femme appartenant à la classe moyenne qui restait célibataire par principe, préférait se vêtir en homme, était économiquement indépendante, et adoptait certaines attitudes masculines comme fumer ou monter à bicyclette.

Il est donc parfois arrivé que le personnage de Marianne soit tourné au ridicule, comme dans la pièce burlesque Little Robin Hood (1871) de Robert Reece, où son goût excessif pour les combats devient grotesque.

Ces portraits satiriques de Marianne révèlent la complexité des représentations des rôles féminins et témoignent de cette peur de la société de l’époque (que nous avons déjà évoquée), de voir la femme se masculiniser.

Finalement, ce chapitre nous apprend que Marianne, avec toutes ses potentialités héroïques et féministes, ne sut pourtant pas toujours se démarquer de l’héroïne victorienne. La littérature du XIXe siècle reste toujours gouvernée par une vision très romantique de la dame, qui doit rester gracieuse et féminine, même dans ses comportements les plus masculins. Cette conviction reste récurrente au long du siècle (peut-être aussi parce que tous ces auteurs sont des hommes).

On peut tout de même remarquer la modernité de certaines de ses attitudes, comme vouloir se mesurer à l’homme et prouver qu’elle sait l’égaler dans des domaines qui, traditionnellement, lui appartiennent comme le combat, la compétition, ou les activités illicites en général.

4. Marianne dans la littérature de jeunesse du XXe siècle 30

Au XXe siècle, la plus grande partie des textes transmettant encore la légende de Robin des Bois, font partie de la littérature de jeunesse. En effet, tout au long du siècle, de nombreuses versions de la légende pour enfants et adolescents ont été publiées, et certaines d’entre elles, comme les trois que nous allons voir, enrichirent encore davantage le rôle de Marianne.

Au XXe siècle, on remarquera que la figure de Marianne ne fait pas l’objet de grandes révisions. En tant qu’héroïne vive et rebelle, elle fut facile à adapter aux exigences des jeunes lectrices modernes. Les variations qui apparaissent alors reprennent aux écrits antérieurs l’esprit contestataire et le caractère effronté du personnage, ainsi que son changement explicite de sexualité (lorsqu’elle se déguise en homme). Certains détails et des épisodes pris un peu partout dans les ballades comme dans les pièces, ont contribué à construire les dernières représentations du personnage.

Néanmoins, les trois adaptations que nous avons choisi d’examiner, parviennent encore, malgré toutes les versions qui les ont précédées, à ajouter une touche originale à la figure de Marianne.

4.1 The Prince of Outlaws de Carola Oman (1937)

Dans sa préface, l’auteur insiste sur sa revendication féministe d’écrire sa propre adaptation de l’histoire, de ne pas suivre une version en particulier, déjà rédigée par un autre. Pourtant, les personnages féminins ne sont pas véritablement mis en avant dans ce récit, et Marianne reste un personnage secondaire.

La Marianne d’Oman est une lady orpheline vivant avec son oncle. Elle s’enfuit lorsqu’elle apprend que celui-ci veut la marier à un des compagnons du roi. Lors de la description de sa fuite, l’auteur met en avant le statut social de Marianne : c’est en effet déguisée en chevalier et non plus en page, comme c’est le cas dans la pièce de Munday, qu’elle rejoint la forêt de Sherwood.

Encore une fois, on retrouve l’épisode du combat entre Robin et Marianne inspiré de la ballade anonyme écrite vers 1600. Cependant, l’issue du combat est originale : Marianne demande à Robin de l’épouser (« Will you wed me now, sweet Robin ? »31) avant d’enlever son déguisement. Robin refuse sa proposition dans un premier temps mais finira par accepter de l’épouser à la fin du roman, lorsqu’elle aura intégré le groupe de hors-la-loi.

Carola Oman crée une Marianne qui n’a pas besoin de la protection de Robin. Comme toujours, elle n’hésite pas à participer aux mêmes activités que les autres membres du groupe, montrant par là une attitude de femme émancipée, agissant selon sa volonté et ne se pliant à aucune convention sociale.

Every moment she could spend out of doors, fencing, drawing the longbow, and even essaying to play at single staff. She rode cross-saddle, like a Young lord…

Il est intéressant aussi de noter une référence aux jeux de mai : le jour d’anniversaire de Marianne tombe le premier mai. Mais malgré ce clin d’œil Marianne n’a rien en commun avec le côté paillard des premières représentations. En effet, dans cette version, Marianne s’écarte à la fois du cliché de la chaste jeune fille et de celui de la paysanne paillarde pour se transformer en une hors-la-loi audacieuce.

La version d’Oman est donc plutôt bien équilibrée, on y trouve une Marianne ni trop débauchée ni trop précieuse : le sexe n’y est pas cité explicitement, mais par sa demande en mariage, Marianne fait quelque part savoir ses désirs.

4.2 The Outlaws of Sherwood de McKinley (1988)

The Outlaws of Sherwood de McKinley représente encore une version qui transgresse les limites des genres et qui critique surtout les conventions de genre qui mettent en avant le besoin de la femme d’être protéger par l’homme. Stephen Knight considère cette variation de la légende comme assez fidèle, en ce sens qu’elle retient la plupart des personnages et des épisodes. Cependant, cette version n’est peut-être pas si conservatrice que ça : Marianne est ici présentée comme supérieure à Robin aussi bien intellectuellement que par ses prouesses physiques.

Le Robin de McKinley est un leader mais un médiocre archer, il refuse de participer au tournoi de tir à l’arc de Nottingham. Cependant, Marianne, afin de servir la légende de Robin, participe au tournoi déguisée en homme, et, se faisant passer pour lui, le remporte haut la main. La version de McKinley subvertit donc le talent à l’arc traditionnellement attribué à Robin pour le conférer à Marianne.32

Dans cette adaptation de la légende de Robin des Bois, Marianne n’est plus reléguée au second plan.

4.3 The Forestwife de Theresa Tomlinson (1993)

Dans The Forestwife de Theresa Tomlinson, Marianne est une sorcière. Cette version s’inspire du personnage de la sorcière Maudlin qu’on retrouve dans The Sad Shepherd de Jonson. Notre héroïne y suit les lois naturelles et supranaturelles à la place des lois patriarcales des hors-la-loi ou de la Cour.

En effet, la Marianne de Tomlinson ne rejoint pas le groupe de Robin, mais établit sa place ainsi que son propre groupe de femmes dans la forêt, où elle vit en tant que sorcière guérisseuse. Marianne développe une relation avec Robert, mais elle maintient son indépendance en refusant de l’épouser. Philippa, Agnes, et Emma ne sont pas comme les Merry Men de Robin mais sont aussi concernées par le fait de faire régner la justice. Dans cette version Marianne est sans aucun doute le personnage central et se montre même meilleure meneuse que Robin, bien qu’il n’y ait pas véritablement de rivalité.33

Le roman de Tomlinson explore la façon dont les femmes peuvent tourner les stéréotypes à leur avantage. Afin de se protéger, Marianne et sa bande entretiennent une effrayante réputation, puisque les sorcières sont craintes pour leur pouvoir de faire le mal.

Marianne excelle dans le domaine de la guérison alors que Robin est réputé pour manier l’arc. Tomlinson dépeint en fait une entente équilibrée dans le couple en ceci qu’il n’y a pas de rivalité entre les deux, pour savoir qui combat le mieux ou qui tire le mieux à l’arc. Chacun se démarque par des compétences qui lui sont propres. Par cet aspect, la version de Tomlinson reflète bien le tournant qu’a pu prendre le féminisme au XXe siècle : la femme ne cherche plus à ressembler à l’homme pour obtenir les mêmes droits, mais parvient à l’égaler tout en restant elle-même.

Marianne refuse de l’épouser, lui disant qu’elle est mariée à la forêt. Elle accepte cependant de le rencontrer chaque 1er mai pour danser avec lui. Ici encore, on distingue une référence aux jeux de mai que l’auteur insère subtilement dans son récit.

Contrairement à la Marianne d’Oman, l’héroïne n’aspire plus au mariage. On constate ici une rupture radicale avec toutes les versions précédentes où le personnage de Marianne restait dominé par une vision romantique de l’amour. L’amour n’est plus une finalité, il n’est pas l’élément indispensable au bonheur comme c’était le cas auparavant. Par cette vision moderne de l’héroïne et de l’amour, cette adaptation de Robin des Bois est probablement la plus novatrice jamais écrite. En se centrant sur la figure de Marianne, la version de Tomlinson est de loin celle qui donne l’image la plus aboutie du personnage. Marianne devient enfin une véritable héroïne, au même titre que Robin des Bois.

Les versions du XXe siècle, ne correspondent donc plus à l’image de Marianne en chaste demoiselle. Des éléments sont repris un peu partout dans la légende, mais ces réécritures nous offrent néanmoins une vision assez moderne de la société à travers la petite communauté de hors-la-loi. Les trois livres sur lesquels nous nous sommes attardée, reflètent tous la façon dont Marianne défie les limites entre les sexes, et parvient à démontrer la participation des femmes dans les structures économiques et sociales à travers la société symbolique de Sherwood. Marianne n’est plus seulement la compagne de Robin des Bois, mais est devenue elle-même une héroïne à part entière et accomplie.

Conclusion

Marianne a toujours présenté un caractère effronté qui est peut-être la seule caractéristique qu’elle conserva de son origine des jeux de mai. Les premières représentations du personnage laissaient en effet paraître une Marianne grossière et impudente, mais la véritable Marianne comme nous la connaissons aujourd’hui fut forgée sous la plume de Munday au XVIe siècle : la paysanne paillarde des premières ballades s’est ainsi transformée en jeune aristocrate.

Au XIXe siècle, le rôle qu’occupait jusqu’alors Marianne dans la légende s’accroît, à l’image de l’importance que gagnent les femmes dans la société.

Nous avons pu constater que les héroïnes types dans la littérature victorienne étaient plutôt fades et faibles, à l’opposé donc du caractère vif et piquant jusqu’alors attribué à Marianne. Malgré une personnalité originellement forte et insoumise conservée, l’idéologie étriquée du rôle de la femme à l’époque déteindra inévitablement sur la vision du personnage dans certaines versions (comme celle de Pierce Egan).

Par ailleurs, nous avons également pu observer que c’est l’idéal romantique de l’amour qui règne encore sur la littérature à l’ère victorienne, et le personnage de Marianne ne put s’y soustraire. Ce n’est qu’au XXe siècle, et plus particulièrement avec la version de Tomlinson, que cette représentation chevaleresque de l’amour va enfin se briser. Les versions précédentes avaient su nous présenter une Marianne émancipée de la société et des conventions féminines mais pas encore du dictat littéraire de l’amour courtois.

De plus, à l’image d’une vision de la femme qui évolue, Marianne incarne le conflit des mentalités à travers le temps. On a pu voir que son caractère dissident et inadapté ne lui a pas valu que des adeptes au XIXe siècle, certains détracteurs l’ont aussi parfois tourné en dérision. Une telle hostilité révèle une peur inavouée des esprits les plus conservateurs à l’égard de l’émancipation de la femme.

Finalement, cette analyse des différentes représentations de Marianne à travers la littérature, nous a permis de nous rendre compte à quel point un personnage peut incarner les visions changeantes et variées sur la femme dans la société.

Notes

1 Pour plus d’informations concernant Marianne à travers les jeux de mai et dans la tradition littéraire française, voir le travail de Floriane Hoogewijs.
2 Lorinda B. Cohoon, « Transgressive Transformations: Representations of Maid Marian in Robin Hood Retellings », The Lion and the Unicorn, vol. 31, n° 3, 2007, p. 213.
3 James Clarke Holt, Robin Hood, London, Thames and Hudson, 1982, p. 160.
4 Richard Barrie Dobson et John Taylor, Rymes of Robyn Hood: an introduction to the English outlaw, Londres, Sutton Pub., 1997, p. 176.
5 Sherron Lux, « Maid Marian’s Transgressive Identities », Medieval Perspectives, n°13, 1998, p. 87.
6 Patricia Stubbs, Women and Fiction: Feminism and the Novel, 1880-1920, Brighton, Harvester Press, 1979, p. 5.
7 Patricia Stubbs, op cit., p. 4.
8 Martine Monacelli, « Femmes et citoyenneté dans la Grande-Bretagne du XIXe siècle : reconnaissance de l'égalité ou de la différence des sexes ? », Revue d’histoire du XIXe siècle, vol. 2, n° 39, 2009, pp. 129-143, version numérisée consultée sur le Cairn.info,
http://www.cairn.info/revue-d-histoire-du-dix-neuvieme-siecle-2009-2-page-129.htm.
9 Stephanie Barczewski, Myth and National Identity in Nineteenth Century Britain: The Legends of King Arthur and Robin Hood, New York, Oxford University Press, 2000, p.163.
10 Toril Moi, « Patriarchal Thought and the Drive of Knowledge », Brennan Teresa (éd.), Between Feminism and Psychoanalysis, London, Routledge, 1989, p. 191.
11 Joanna De Groot et Mary Maynard, « Equality and Difference: Appoaches to Feminist Theory and Politics », Women’s Studies in the 1990s: Doing Things Differently?, Basingstoke, Macmillan (« Women's studies at York/Macmillan series »), 1993, pp. 145-146.
12 Patricia Stubbs,« The Well-Regulated Heroine », op cit., pp. 26-50.
13 Laurence Lerner, « The role of women : from self-sacrifice to self-awareness », The Victorians, London, Methuen (« The Context of English literature »), 1978, p. 175.
14 Robin Gilmour,« The politics of gender », The Victorian Period: The Intellectual and Cultural Context, 1830-1890, London, Longman, 1993, p. 189.
15 Patricia Stubbs, op cit., pp. 4-5.
16 Sherron Lux, op. cit., p. 85.
17 Stephanie Barczewski, op. cit., p. 190.
18 Thomas Hahn, « Disguising and Revealing the Female Hero’s Identity: Cross-dressing in the Ballad of Robin Hood and Maid Marian », Robin Hood in popular culture : violence, transgression, and justice, Cambridge, D. S. Brewer, 2000, pp. 191-196.
19 Sherron Lux, op. cit., pp. 87-88.
20 Stephanie Barczewski, op. cit., pp. 190-200.
21 Sherron Lux, op. cit., p. 91.
22 Stephanie Barczewski, op. cit., p. 191.
23 Sherron Lux, op. cit., p. 91.
24 Stephanie Barczewski, ibid.
25 Stephanie Barczewski, op. cit., p. 193.
26 Stephanie Barczewski, op. cit., p. 195.
27 Richard Barrie Dobson et John Taylor, op. cit., p. 244.
28 Stephanie Barczewski, op. cit., p. 196.
29 Stephanie Barczewski, op. cit., p.197.
30 Lorinda B. Cohoon, op. cit., pp. 209-231.
31 Lorinda B. Cohoon, op. cit., p. 218.
32 Sherron Lux, op. cit., p. 91-92.
33 Allen W. Wright , « The Forestwife by Theresa Tomlinson», Robin Hood, Bold Outlaw of Barnsdale and Sherwood, dernière mise à jour en 2010, http://www.boldoutlaw.com/robspot/0901.html.

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Annexe

extrait de la ballade Robin Hood and Maid Marian, l’épisode du combat

Richard Barrie Dobson et John Taylor, Rymes of Robyn Hood: an introduction to the English outlaw, Londres, Sutton Pub., 1997, pp. 177-178.

Shee drest her self like a page,
And ranged the wood to find Robin Hood,
The bravest od men in that age.

With quiver and bow, sword, buckler, and all,
Thus armed was Marian most bold,
Still wandering about to find Robin out,
Whose person was better than gold.

But Robin Hood, hee himself had disguis’d,
And Marian was strangly attir’d,
That they prov’d foes, and so fell to blowes,
Whose vallour bold Robin admir'd,

They drew out their swords, and to cutting they went,
At least an hour or more,
That the blood ran apace from bold Robins face,
And Marian was wounded sore.

'O hold thy hand, hold thy hand,' said Robin Hood,
'And thou shalt be one of my string,
To range in the wood with bold Robin Hood,
To hear the sweet nightingall sing.'

When Marian did hear the voice of her love,
Her self shee did quickly discover,
And with kisses sweet she did him greet,
Like to a most loyall lover.

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