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Langue officielle ou administrative et langue maternelle

Reprenons la question de savoir si le fait que des personnes aient le français comme langue maternelle exclut qu’elles l’aient comme langue officielle ou comme langue administrative, comme le donne à penser la carte du MAEE, qui colorie en rouge les régions où l’on trouve le français langue maternelle et en vert les régions où l’on trouve le français langue officielle :

Les Belges sont bien placés pour savoir, notamment en période électorale, que « langue maternelle » et « langue officielle » ne sont pas des concepts qui s’excluent, puisque chaque scrutin apporte son lot de tracasseries notamment dans les communes de la périphérie bruxelloise dites communes à facilités, où les citoyens francophones revendiquent le droit de recevoir leurs convocations électorales dans leur langue et non dans la langue de la région, le néerlandais.

Il existe d’ailleurs des cartes géolinguistiques qui confirment que « langue maternelle » et « langue officielle » ne s’excluent pas, comme sur la carte que l’on trouve sur le site de l’Université allemande de Ludwigsburg1, carte qui est visiblement tirée (numérisée) d’une autre source, non citée :

Le monde francophone

En réalité, « langue maternelle » et « langue officielle » sont des usages sociolinguistiques combinables entre eux. Leur combinaison débouche essentiellement sur deux situations linguistiques, la langue élue comme officielle par un pays ou une région coïncidant ou ne coïncidant pas avec la langue maternelle représentative de sa population :

Mais dans un même pays, plusieurs langues maternelles peuvent coexister, même si l’on ne tient compte que des langues maternelles quantitativement pertinentes ; on parle dans ce cas de langues co-maternelles. De la même manière, un pays peut élire plusieurs langues officielles : on parle dans ce cas de langues co-officielles, de langues qui partagent avec une ou plusieurs autres le statut de langue officielle. Les pays qui ont deux ou plusieurs langues officielles font l’objet d’une représentation distincte sur la carte suivante2 :

Les langues officielles dans le monde

Il est à noter que cette carte n’est pas tout à fait correcte, puisqu’elle montre les États-Unis comme ayant pour langue officielle l’anglais, alors que nous venons de voir qu’une des caractéristiques des États-Unis est de ne pas avoir de langue officielle. Cette carte représente donc plutôt les langues administratives que les langues officielles à proprement parler. Mais malgré ses imprécisions, cette carte nous montre au moins de manière claire que plusieurs langues officielles peuvent exister dans un même pays ou une même région — en principe les Belges n’ont pas besoin de ce genre de carte pour prendre conscience de cette réalité, à laquelle ils sont journellement confrontés.

L’OIF3 distingue ainsi clairement les états qui ont le français comme unique langue officielle

Bénin Burkina Faso
Congo Congo RD
Côte d’Ivoire France
Gabon Guinée
Mali Monaco
Niger Sénégal
Togo  

et les états qui ont le français comme langue co-officielle :

Belgique (+ néerlandais et allemand) Burundi (+ kirundi)
Cameroun (+ anglais) Canada (+ anglais)
Centrafrique (+ sango) Comores (+ shikomor et arabe)
Djibouti (+ arabe) Guinée équatoriale (+ espagnol)
Haïti (+ créole) Luxembourg (+ allemand et luxembourgeois)
Madagascar (+ malgache et anglais) Rwanda (+ anglais et kinyarwanda)
Seychelles (+ créole et anglais) Suisse (+ allemand, italien et romanche)
Tchad (+ arabe) Vanuatu (+ anglais et bichlamar)

ajoutant même des états fédérés ou territoires autonomes ayant le français comme langue officielle ou co-officielle :

Belgique Fédération Wallonie-Bruxelles (anciennement dénommée Communauté française)
Canada Nouveau-Brunswick (+ anglais)
  Nunavut (+ anglais et inuktitut)
  Québec
  Territoires du Nord-Ouest (+ anglais, chipewyan, cri, dogrib, gwich’in, inuktitut et slavey)
  Yukon (+ anglais)
Inde Pondichéry (+ anglais, malayalam, tamoul et télougou)
Italie Val-d’Aoste (+ italien)
Suisse Berne (+ allemand)
  Fribourg (+ allemand)
  Genève
  Jura
  Neuchâtel
  Valais (+ allemand)
  Vaud

ce qui peut se résumer dans une nouvelle carte géolinguistique :

Les divers statuts du français dans le monde4

Ici encore, même si les tableaux et cartes de l’OIF ne reflètent pas toujours la réalité (ne serait-ce que parce que la situation linguistique des pays évolue), ils rendent au moins compte de la réalité de la distinction entre langue officielle (unique) et langues co-officielles.

Avec plusieurs langues officielles possibles et plusieurs langues maternelles possibles, les combinaisons entre ces deux usages ou statuts de la langue sont potentiellement beaucoup plus nombreuses. Nous ramènerons à six ces différentes possibilités. Il y a en théorie bien plus de combinaisons possibles, mais nous ne nous arrêterons qu’aux combinaisons les plus fréquentes.

Nous allons examiner successivement les différents cas de figure théoriques pour voir ce qu’ils permettent de décrire comme situations linguistiques dans la pratique. Nous verrons qu’en fait, chacune de ces situations théoriques trouve une illustration à l’intérieur de l’espace francophone.

Configuration 1

Configuration 2

Configuration 3

Configuration 4

Configuration 5

Configuration 6

 

1     http://www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/francophonie/ - consulté en 2014

2     http://cartographie.sciences-po.fr/en/langues-officielles-dans-le-monde-principales-2007 - consulté en 2014

3     http://www.francophonie.org/Denombrement-des-francophones.html - consulté en 2014

4     http://www.francophonie.org/Denombrement-des-francophones.html - consulté en 2014