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Configuration 4

Le quatrième cas de figure est celui des pays ou régions connaissant plusieurs langues maternelles, toutes n’ayant pas été également choisies comme langues officielles.

Cette configuration sociolinguistique est illustrée par un pays comme le Luxembourg.

Quelle est la situation linguistique du Luxembourg face au concept de langue maternelle ? En fait, la situation linguistique du Luxembourg est assez particulière en matière de langues maternelles et sa particularité tient essentiellement à ce qu’il s’agit d’un pays très peu étendu, qui constitue une enclave entre la Belgique, la France et l’Allemagne sans qu’aucune barrière naturelle ne la sépare de ces pays avoisinants, c’est-à-dire sans frein géographique à la circulation des personnes (nous verrons à d’autres endroits du cours que les configurations géographiques jouent un rôle important dans l’expansion des langues, même si ce ne sont pas les seuls facteurs qui opèrent, surtout à l’heure actuelle, où il est devenu relativement simple de franchir une montagne ou un océan).

La population du Luxembourg a originellement le francique luxembourgeois (Lëtzebuergesch) comme langue maternelle. Le francique luxembourgeois est une langue germanique, proche de l’allemand :

Les langues germaniques

L’arbre généalogique des langues germaniques montre également que le francique luxembourgeois est une langue issue de ce qu’on appelle le francique, c’est-à-dire de la langue des Francs, la peuplade qui s’est installée en Gaule au début du Moyen-Âge et qui a donné son nom à la France et au français ― que le mot français tire son origine d’un peuple de langue germanique est un paradoxe dont il faut s’accommoder

Le Luxembourg, dont les habitants parlent donc, originellement, le luxembourgeois, a attiré au fil de son histoire de nombreux immigrants venant des pays avoisinants ― Belgique, France, Allemagne. Ces immigrants ont conservé leur propre langue maternelle (le français ou l’allemand selon le cas) et l’ont transmise à leurs enfants, de sorte qu’aujourd’hui, une partie de la population luxembourgeoise est de langue maternelle luxembourgeoise, une autre de langue maternelle française et une dernière de langue maternelle allemande.

Des trois langues maternelles que se partage la majorité de la population luxembourgeoise, c’est-à-dire le luxembourgeois, le français et l’allemand, deux seulement sont des langues officielles, le français et l’allemand, c’est-à-dire les deux langues maternelles exogènes de ce pays. Ce dernier constat est intéressant, car il nous révèle que le caractère endogène (née sur le territoire) ou exogène (introduit artificiellement sur le territoire) d’une langue n’est pas un critère qui précise au choix possible de cette langue comme langue officielle.

Le Luxembourg devrait donc figurer sur les cartes géolinguistiques comme un pays dont la population a le français comme langue maternelle (voire co-maternelle si on veut être tout à fait précis) et comme langue officielle (voire co-officielle) ; on peut en dire autant de l’allemand ; mais le luxembourgeois n’y a pas le même statut.