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Qu’est-ce qu’une langue véhiculaire ?

Une langue véhiculaire est une langue apprise en plus de la langue maternelle, au sein d’une ou plusieurs communautés, par des personnes de langues maternelles différentes pour communiquer entre elles.

De cette définition, nous pouvons déjà inférer que « langue maternelle » et « langue de communication » sont deux concepts qui s’excluent mutuellement puisque pour une même personne, la langue de communication s’ajoute à la langue maternelle, puisqu’une même personne n’aura pas une même langue à la fois comme langue maternelle et langue de communication. Donc on peut donner raison au concepteur de la carte d’avoir disjoint en rouge les personnes qui usent du français comme langue maternelle et en vert celles qui usent du français comme langue de communication.

Mais l’ambiguïté ne résidait pas dans la relation entre « langue maternelle » et « langue de communication », elle réside dans la relation entre « langue officielle » et « langue de communication ».

De ce que nous avons vu des langues officielles, nous pouvons constater que la relation entre « langue officielle » et « langue de communication » va pouvoir varier d’une personne à l’autre, selon que la langue officielle coïncide ou non avec la langue maternelle.

Quelqu’un qui fait usage du français à la fois comme langue maternelle et comme langue officielle ne devra pas apprendre le français comme langue de communication. En revanche, quelqu’un qui fait usage du français comme langue officielle mais qui a pour langue maternelle une autre langue que le français (luxembourgeois, anglais, lingala, zarma…) devra apprendre le français en plus de sa langue maternelle pour pouvoir communiquer au moins avec son administration.

Il découle de cela que dans le cas de langues co-maternelles et co-officielles, dans une même région, il y aura des locuteurs qui auront le français comme langue de communication et d’autres qui l’auront comme langue maternelle. Ces particularités ne sont généralement pas présentes sur les cartes géolinguistiques et si on retourne à la carte du MAEE (ci-dessus), on observe que parmi les zones donnes données comme ayant le français comme « langue de communication », il y en a comme la Belgique, la Suisse où le français n’est pas langue de communication d’une partie non négligeable de la population. En fait, d’une manière générale, si l’on exclut les cas où la langue de communication est apprise pour communiquer avec l’administration, c’est-à-dire les cas où la langue de communication coïncide avec la langue officielle, les langues de communication ne sont pas représentables sur les cartes géolinguistiques, ce qui explique qu’elles n’y soient pas représentées. Nous aurons l’occasion, dans la suite de l’examen des différents usages de la langue, de revenir sur les raisons qui font que les langues de communication ne sont pas toujours représentables sur une carte.

À ce stade de notre examen, nous pouvons surtout retenir qu’il apparait que « langue maternelle », « langue officielle » et « langue de communication » sont des concepts qui se situent à des niveaux différents, et que « langue de communication »  est un concept sociolinguistique plus proche de « langue maternelle » (puisque dans tous les cas l’un exclut l’autre) que de celui de « langue officielle » (puisque les relations entre l’un et l’autre varient en fonction des régions et/ou des individus).

Le fait que les langues véhiculaires soient difficilement représentables sur une carte géolinguistique ne doit pas nous conduire à en détourner notre attention. Ce nouveau concept a notamment joué un rôle crucial dans l’histoire du français — et dans celle d’autres langues. Nous allons examiner ici, outre le cas du français, central pour nous, celui du latin, celui de quelques langues africaines pour terminer par le cas des langues internationales.