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Une langue de culture

Si nous reprenons notre définition de la francophonie et l’inventaire des usages de la langue française qu’elle inclut, il nous reste à considérer les usages de « langue d’enseignement », « langue choisie » et « langue de culture » :

ensemble des personnes, institutions et régions qui ont le français en partage, quel que soit l’usage que ces personnes, institutions ou régions font du français (langue maternelle ou co-maternelle, langue officielle ou co-officielle, langue administrative, langue vernaculaire, langue d’enseignement, langue choisie, langue de culture, langue véhiculaire…)

Nous allons m’intéresser tout d’abord au français langue de culture, que l’on retrouve plus volontiers en sociolinguistique sous l’étiquette de « langue de référence ».

Une langue de référence est une langue utilisée pour la transmission du savoir, qu’il s’agisse de transmettre un savoir culturel (langue utilisée dans le domaine littéraire) ou un savoir scientifique (langue utilisée dans le domaine des sciences et des techniques). La langue de culture n’est donc qu’un des aspects de la langue de référence.

Ce nouveau concept est particulièrement éclairant pour traiter de la langue française et des différents usages qu’on en faits à l’heure actuelle ou qu’on en a faits par le passé.

Sur l’axe temporel tout d’abord, ce qu’on appelle « langue française » a avant toute chose été une langue littéraire.

Les premiers grands textes littéraires en français (Vie de saint Alexis, Chanson de Roland) datent du XIe siècle. À cette époque, c’est-à-dire au Moyen-Âge, le français n’était la langue officielle d’aucun pays, d’aucune région du monde ― pas même de la France. À cette époque, ce même français n’était pas non plus une langue maternelle (aucun enfant ne l’apprenait sur les genoux de sa mère). On a en effet vu, au moment de traiter de la fonction véhiculaire de la langue que le français du Moyen-Âge tel qu’il est parvenu jusqu’à nous, à travers des textes littéraires, techniques et scientifiques, est un artéfact, une langue supradialectale forgée pour être comprise de locuteurs de langues maternelles différentes. Cet artéfact, dont on a vu précédemment l’aspect véhiculaire, était donc aussi une langue de référence. Mais c’est parce que cette langue de référence était véhiculaire et comprise d’un grand nombre de locuteurs que cet artéfact est devenu au fil du temps la langue vernaculaire, puis la langue maternelle d’un nombre grandissant de locuteurs. En quelque sorte donc, le français que nous pratiquons aujourd’hui est issu de cette langue littéraire. En quelque sorte, car c’est plus son caractère véhiculaire que son caractère littéraire qui a contribué à sa diffusion et assuré sa pérennité.

Il n’en reste pas moins que le concept de langue de référence est d’une grande pertinence pour tracer l’histoire d’une langue comme le français, puisque la langue de référence a contribué à éliminer la différenciation dialectale. C’est vrai aussi dans d’autres langues, par exemple dans le cas de l’arabe, où le clivage entre l’arabe dit « classique » ou « littéraire » et l’arabe dit « dialectal », c’est-à-dire le clivage entre la langue de la culture et la langue vernaculaire est très net, au point que l’une et l’autre sont parfois perçues comme deux langues différentes. Nous aborderons ce clivage et ses conséquences dans le chapitre du cours consacré à la diglossie.