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3.2.2  La prononciation

C’est au début du XXe siècle que l’on a commencé à s’intéresser aux différentes manières de prononcer le français, suite à l’invention de différents procédés de conservation du son tout d’abord, de transmission du son ensuite.

Ferdinand Brunot, déjà plusieurs fois cité, créa ainsi, avec l’aide de l’industriel Pathé, les Archives de la parole, procédant à divers enregistrements de manières de parler dans les différentes régions de France.

Brunot et les Archives de la parole24

Ceci nous montre que Brunot était sensible aux variations diatopiques de la langue française, bien avant que la « théorie des dia– » soit imaginée et bien avant que la linguistique variationnelle soit reconnue comme discipline scientifique.

Venons-en à un autre exemple de variation diatopique, bien connu celui-là, même si on n’a pas coutume de l’analyser en ces termes.

Par son théâtre, puis par le cinéma, Marcel Pagnol a fait découvrir l’accent dit marseillais à la France entière, puis à toute la francophonie – cet accent du sud de la France, avec toutes les valeurs et clichés qui s’y associent (soleil, cigales, farniente, olives, pétanque…), est encore abondamment exploité dans les publicités notamment.

Autre exemple, encore, tout aussi connu : les humoristes français ont contribué à populariser l’accent belge par le biais de ce qu’on appelle les « histoires belges » (un peu oubliées durant la dernière décennie, où elles ont cédé la place aux histoires de blondes). Cet « accent belge » n’existe en réalité que dans l’imaginaire des Français, puisque ce qui est appelé « accent belge » est généralement l’accent bruxellois, mais pour le reste, rien qu’en Belgique, la prononciation du français diffère sensiblement selon qu’on est Bruxellois, Liégeois, Namurois, Montois ou Carolorégien et l’expression « accent belge » ne recouvre aucune réalité linguistique.

La Wallonie linguistique

En dépit du processus de standardisation du français, il est intéressant de remarquer encore que dans les journaux télévisés, on doit parfois sous-titrer des propos tenus pourtant en français par des locuteurs provenant de pays francophones d’Afrique, voire par des locuteurs natifs de la France. Certaines des émissions de télévision québécoises diffusées dans le monde par la chaine de promotion francophone TV5 sont systématiquement sous-titrées, en dépit du fait que les comédiens s’y expriment tous en français. C’est bien le signe que la variation diatopique du français reste nettement marquée dans la prononciation du xxie siècle, malgré une volonté de standardisation toujours affirmée.

 

 

24 http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2013/11/actualites-audiovisuelles-ferdinand-brunot-1913-2013-centaire-des-archives-de-la-parole/ – consulté en janvier 2015.