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La prononciation

C’est au début du XXe siècle que l’on a commencé à s’intéresser aux différentes manières de prononcer le français, suite à l’invention de différents procédés de conservation du son tout d’abord, de transmission du son ensuite. Ferdinand Brunot, dont on entendra beaucoup parler dans ce cours, créa ainsi les Archives de la parole, procédant à divers enregistrements de manières de parler dans les différentes régions de France.

Brunot et les Archives de la parole1

Ceci nous montre que Brunot était sensible aux variations diatopiques de la langue française, bien avant que la « théorie des dia- » soit imaginée par les sociolinguistes et bien avant que la sociolinguistique soit reconnue comme science. Cette remarque est importante ; j’aurai l’occasion de la formuler à d’autres endroits du cours, à l’intérieur même de ce chapitre. Elle nous rappelle qu’en sciences, dans la démarche scientifique, l’observation précède toujours la description, et la description précède toujours la théorisation :

Il peut parfois se passer plusieurs siècles avant qu’on puisse théoriser à partir des descriptions faites. Il serait trop long d’examiner ici les raisons de ce décalage ; ce qu’il importe surtout de retenir ici, c’est l’organisation logique et chronologique des trois phases de la démarche scientifique. Appliqué à ce qui vient d’être évoqué ― Brunot et la création des Archives de la parole ― cela revient à dire que Brunot a, grâce à l’invention de nouvelles techniques, pu observer puis décrire les variations diatopiques dans la prononciation du français, mais n’a pas théorisé sur le sujet en terme de diatopie.

Venons-en à un autre exemple de variation diatopique, bien connu celui-là, même si on n'a pas coutume de l’analyser en termes de variation diatopique.

Par son théâtre, puis par le cinéma, Marcel Pagnol a fait découvrir l’accent marseillais à la France entière, puis à toute la francophonie ― cet accent du midi, avec toutes les valeurs et clichés qui s’y associent (soleil, cigales, farniente, olives, pétanque…) est encore abondamment exploité dans les publicités notamment.

Autre exemple, encore, tout aussi connu : les humoristes français ont contribué à populariser l’accent belge par le biais de ce qu’on appelle les « histoires belges » ― un « accent belge » qui n’existe que dans l’imaginaire des Français, puisque ce qu’ils appellent l’accent belge est en fait généralement l’accent bruxellois, mais pour le reste, rien qu’en Belgique, la prononciation du français diffère sensiblement selon qu’on est Bruxellois, Liégeois, Namurois, Montois ou Carolorégien.

La Wallonie linguistique

En dépit du processus de standardisation du français, il est intéressant de remarquer que dans les journaux télévisés, on doit parfois sous-titrer des propos tenus pourtant en français par des locuteurs provenant de pays francophones d’Afrique ou même par des locuteurs du centre de la France. Les émissions de télévision typiquement québécoises diffusées dans le monde par la chaîne de promotion francophone TV5 sont systématiquement sous-titrées, en dépit du fait que les comédiens s’y expriment tous en français. C’est bien le signe que la variation diatopique du français reste nettement marquée dans la prononciation du XXIe siècle, en dépit d’une volonté de standardisation toujours affirmée.

 

 

1 http://blog.bnf.fr/lecteurs/index.php/2013/11/actualites-audiovisuelles-ferdinand-brunot-1913-2013-centaire-des-archives-de-la-parole/ - consulte en 2014