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La variation diaphasique

L’étude de la variation diaphasique, également appelée variation situationnelle ou stylistique, prend en considération le contexte de la communication linguistique. Elle est surtout l’affaire de la sociolinguistique, mais est aussi étudiée dans le cadre de la stylistique.

La variation diaphasique rend compte du fait qu’une même personne, quelle que soit son origine sociale ou son milieu professionnel, peut s’exprimer différemment selon la situation de communication dans laquelle elle se trouve : selon le contexte, selon son âge ou celui de ses interlocuteurs, selon qu’il ou elle s’exprime par écrit ou oralement, etc.
Cette variation selon l’usage, ou selon les usagers, se manifeste à tous les niveaux de la langue : phonique, morphologique, syntaxique, lexical.

On parle usuellement de registre pour qualifier la variation diaphasique :

Le terme « registre » est antérieur à la sociolinguistique, de même que le terme « style » qui définit l’usage écrit de la langue propre à un individu. En revanche, pour répondre au mot « style », la sociolinguistique a forgé le mot « idiolecte » qui définit l’usage parlé de la langue propre à un individu, ce qui est par ailleurs révélateur de l’intérêt que la sociolinguistique porte à la langue parlée.

Comme la variation diastratique, la variation diaphasique n’est pleinement étudiée dans son ensemble que depuis l’essor de la sociolinguistique, c’est-à-dire depuis le XXe siècle.

Mais ici encore, si la sociolinguistique a été la première à théoriser sur le sujet, les observations diaphasiques ont de loin précédé la théorisation.

Dans le cas du français, ce type de variation était déjà au cœur des débats entre auteurs de dictionnaires au XVIIe siècle, certains lexicographes (dont les Académiciens) répugnant à l’époque à faire entrer dans leurs dictionnaires des mots populaires ou vulgaires face à d’autres qui estiment que le vocabulaire non noble a sa place dans les dictionnaires. Ici encore, Pierre Richelet et Antoine Furetière se démarqueront nettement des Académiciens français, en faisant entrer dans leurs dictionnaires des mots relevant d’un registre vulgaire ― Furetière fait notamment entrer dans son dictionnaire des mots relevés dans des récits de voyageurs, sans se soucier du registre auquel appartiennent ces mots ; bordel, chier, connard… figurent dans le dictionnaire de Richelet.

Une petite mise au point s’impose ici. Même si certains registres sont plus étroitement liés à certains groupes sociaux, il faut éviter de faire l’amalgame entre un registre et un groupe social, entre registre et sociolecte : une même personne pouvant disposer de plusieurs registres et choisir tel ou tel registre en fonction de la situation. Mais la frontière entre l’un et l’autre concept est relativement mince, l’étude de la variation diaphasique mettant surtout l’accent sur les choix individuels, là où l’étude de la variation diastratique cherche plus à identifier des emplois collectifs, définissant des groupes.

De même que les dictionnaires actuels intègrent désormais des mots relevant de différents technolectes et sociolectes, de même ils intègrent des mots des différents registres, en indiquant explicitement à quel registre ils appartiennent. En revanche, les grammaires restent généralement des grammaires « bien pensantes », avec le Bon Usage de Maurice Grevisse en figure de proue, même si on a vu le jour dans les dernières décennies d’une très sérieuse Grammaire des fautes (Henri Frei) ou d’une moins sérieuse Grammaire impertinente (Yak Rivais), qui montrent des usages stylistiquement marqués de la grammaire.

Les études de stylistique n’ont d’ailleurs pas, elles non plus, attendu l’essor de la sociolinguistique pour s’intéresser à la variation diaphasique, individuelle de la langue. Même si la stylistique est une discipline relativement récente (elle s’est surtout développée à partir du XIXe siècle), la rhétorique ancienne avait déjà mis en place tout un appareil d'analyse des particularités du langage d'un écrivain, les tropes ou figures de style, permettant d’en définir le style.