Vous êtes ici : 4.1 > Le prestige linguistique > Variété haute et variété basse de la langue

Variété haute et variété basse de la langue

Depuis les travaux de Derek Bickerton (sociolinguiste américain né en 1926), on parle d’acrolecte pour la variété de prestige d’une langue et de basilecte pour la variété la plus éloignée de cette variété de prestige. Voilà qui complète notre série de « –lectes », composant lexical que les sociolinguistiques ont choisi d’utiliser pour désigner la langue dans ses différentes dimensions, c’est-à-dire dans ses différentes variétés.

Une variété de prestige, autrement dit une variété haute de la langue (acrolecte) est perçue comme plus belle, plus logique, mieux à même d’exprimer des idées importantes ; elle a un héritage littéraire, elle fait l’objet d’une codification (il existe des grammaires, des dictionnaires, etc. qui la décrivent), ce qui en fait un objet explicite d’enseignement.

À l’autre extrémité, la variété la plus éloignée de la variété de prestige, la plus basse de la langue (basilecte) n’a aucun héritage littéraire ; elle se caractérise par la fragmentation et la variation dialectale (diatopique), elle ne fait pas l’objet d’une codification et ne peut donc constituer un objet d’enseignement explicite (elle est apprise au berceau ou « sur les genoux de la mère »).

Dans ces descriptions de l’acrolecte et du basilecte, vous retrouvez des mots qui doivent vous rappeler non plus les dimensions variables de la langue que nous venons de voir, mais les différents usages sociaux de la langue, que nous avons examinés au chapitre précédent : « héritage littéraire » doit évoquer en vous la langue de référence, « langue apprise sur les genoux de la mère » doit évoquer en vous la langue maternelle, etc. 

Plus étroitement encore, sont considérées comme des variétés hautes, prestigieuses, la langue de l’administration, la langue du culte, la langue de l’enseignement, la langue de la littérature « sérieuse » ; sont considérées comme des variétés basses, la langue de la conversation, la langue de la littérature populaire.

C’est qu’en effet le concept de prestige linguistique n’a pas de corrélations qu’avec les sociolectes, ou variétés diastratiques de la langue, comme pourraient le donner à penser les exemples rappelés en introduction de ce nouveau chapitre du cours : il est aussi en relation avec les usages de la langue. C’est un concept qui coiffe les différents usages et dimensions de la langue, ou pour être plus juste encore, qui les traverse.

Dans l’histoire de la langue française, le concept de variété de prestige de la langue joue un rôle important. Nouvs verrons, dans un premier temps, les relations qu’il entretient avec les usages de la langue, et dans un second temps ses relations avec les différentes dimensions de la langue, car on verra qu’il ne touche pas qu’à la variation diastratique. Nous verrons dans le chapitre suivant du cours, consacré à la diglossie, d’autres aspects de ce concept de prestige de la langue, central en sociolinguistique.