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D’un basilecte à une langue d’enseignement

Lorsqu’une langue maternelle gagne en prestige, elle tend à se codifier, à se standardiser, pour pouvoir être comprise d’un nombre grandissant de personnes. Standardisée, elle peut accéder au statut de langue écrite, se doter d’une littérature, devenir un objet d’enseignement. Elle peut dans des conditions favorables devenir majoritaire ― et c’est ce qui s’est passé au début du XXe siècle en France. La langue française, standardisée au fil des siècles depuis Vaugelas, est devenue en France à la fin du XIXe siècle un objet d’enseignement ; jusqu’alors, en dehors de quelques cas isolés au XVIe siècle, on n’enseignait pas le français, les seules langues objets d’enseignement étaient le latin et, dans une moindre mesure, le grec. Le français n’est donc devenu un objet d’enseignement qu’au bout d’un long parcours de plusieurs siècles. Le parcours pour que le français devienne également une langue d’enseignement est tout aussi long. Là aussi, si on excepte quelques cas isolés (à l’époque où le protestantisme s’est développé, les protestants ayant mis en place les bases d’un enseignement en langue vernaculaire … mais ils ont été chassés de nos régions par Louis XIV), il a fallu attendre l’obligation scolaire, c’est-à-dire la fin du XIXe siècle, pour que la langue française devienne la langue de tous les enfants de France, et une génération plus tard, la langue de tous les Français.

Ce qui n’était au départ que la langue maternelle d’une petite cellule familiale (la famille royale) est ainsi plusieurs siècles plus tard devenu une langue maternelle majoritaire, gagnant à la fois en prestige et en nombre de locuteurs. Ce qui était au départ un basilecte est devenu au fil des siècles un acrolecte.