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4.3.3  Prestige et variété diaphasique

Le fait d’adapter ses choix linguistiques à son interlocuteur ou à la situation de communication relève de la variation diaphasique, même lorsque le choix s’opère entre des variétés diatopiques (régionalismes) ou diastratiques (sociolectes et technolectes) de la langue. La flexibilité linguistique se fait doublement dans la dimension diaphasique de la langue quand un locuteur adapte ses choix linguistiques au contexte et opère ses choix entre différentes variétés diaphasiques de la langue.

Prenons un exemple.

La démarcation est devenue aujourd’hui tout à fait flagrante à l’écrit entre le français de la lettre qu’on envoie à une administration et le texto (« SMS ») que l’on envoie avec son téléphone portable : l’écriture des textos développe un système graphique tout à fait indépendant de l’orthographe généralement admise, et il ne viendrait à l’idée d’aucun étudiant de rédiger un travail universitaire dans la même orthographe que celle qu’il utilise dans les SMS échangés entre copains. En revanche, le même étudiant s’appliquera sans doute à composer dans l’orthographe conventionnelle le texto annonçant la réussite d’un examen à sa maman, parce qu’il peut craindre que sa maman ne décrypte pas l’orthographe inventive du texto, qui lui est moins familière, ou parce qu’il aura l’impression qu’un tel évènement mérite l’usage d’une orthographe plus prestigieuse.

Le courrier électronique est un terrain d’étude intéressant sur ce plan, car il occupe une position inconfortable entre deux variétés de la langue, l’une haute, l’autre basse : certains y adoptent un registre de langue très élevé, usant notamment des mêmes formules de politesse que dans une lettre formelle, d’autres y adoptent un registre plus bas, et ce quel que soit leur destinataire. ON est sans doute dans un cas de mésolecte.