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Diglossie, langues en contact et interférences linguistiques

Le chapitre du cours consacré en propre à la variation linguistique s’éloigne de nous, et pourtant c’est encore de cette variation dont il va être question dans ce nouveau chapitre, consacré aux concepts de diglossie et de langues en contact, nouveau chapitre qui nous conduira en outre à réexaminer, sous un nouvel angle, la question du prestige linguistique. L’exposé pédagogique imprime à la matière des cloisonnements artificiels et la matière empêche parfois l’exposé de progresser, comme on le voudrait, dans sa simple linéarité.

En guise d’entrée en matière, nous allons revenir au début du chapitre consacré au prestige linguistique et au constat de la coexistence au sein d’une même langue d’une variété haute, ou acrolecte, et d’une ou de plusieurs variétés basses, ou basilectes.

L’idée de cette coexistence de deux variétés de la langue chez une même personne, variétés mises en œuvre dans des conditions différentes, peut surprendre certains locuteurs francophones, qui n’ont pas nécessairement conscience de pratiquer deux variétés différentes du français, tout simplement parce qu’il n’y a pas toujours de différence très marquée entre les deux variétés du français qu’ils pratiquent ― ces différences, même minimes, existent toutefois aussi bien au plan du lexique, de la syntaxe, de la prononciation, voire de l’orthographe dans l’exemple qui a été donné des SMS.

Lorsqu’un acrolecte diffère fortement d’un basilecte, l’un et l’autre peuvent être perçus comme des langues différentes ― et sont parfois de fait des langues étrangères l’une à l’autre. S’installe ainsi une situation de diglossie (mot d’origine grecque, signifiant ‘deux langues’), autre concept fort de la sociolinguistique, c’est-à-dire une situation dans laquelle, dans une aire géographique donnée, deux langues coexistent, chacune faisant l’objet d’un emploi social distinct et l’une d’elles étant ressentie comme impropre à certains usages. Partis d’une dimension transversale de la variation linguistique, le prestige, nous retombons ici d’emblée sur les usages sociaux de la langue, nouveau signe de ce que les concepts que je vous expose sont fortement interdépendants et ne sont dissociés, une fois encore, que pour des motifs pédagogiques, de manière artificielle.