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5.1.1  Les définitions de la diglossie

Le terme diglossie ou διγλωσσίας a été utilisé pour la première fois par Jean Psichari (ou Yánnis Psycháris), helléniste franco-grec, qui, sur la base de la situation linguistique de la Grèce, l’a défini en 1928 comme suit :

Définition : La diglossie selon Jean Psichari

Configuration dans laquelle deux variétés d’une même langue sont en usage, mais où seule l’une des deux variétés étant valorisée.

Transportée au cas du grec que visait Psichari, la diglossie est une configuration dans laquelle deux variétés du grec, la katharevoussa et la demotiki, sont en usage, mais un usage décalé parce que l’une des variétés, la katharevoussa, langue écrite puriste, est valorisée par rapport à l’autre, la demotiki, langue parlée commune. Psichari prit d’ailleurs position en faveur de la demotiki, dont il devint un fervent défenseur.

Charles Ferguson, sociolinguiste américain, a repris ce terme de diglossie en 1959 mais pour en étendre la définition :

Définition : La diglossie selon Charles Ferguson

Configuration dans laquelle deux variétés, l’une haute, l’autre basse, de la même langue sont en usage dans une société avec des fonctions socioculturelles différentes mais complémentaires.

Joshua Fishman, autre sociolinguiste américain, plus proche de nous dans le temps, étend encore la définition en 1971 :

Définition : La diglossie selon Joshua Fishman

Configuration où deux langues sont en distribution fonctionnelle complémentaire.

Pour Fishman, la diglossie oppose deux langues, non plus cette fois simplement deux variétés d’une même langue. Fishman oppose par ailleurs la diglossie au bilinguisme – nous y reviendrons.

En Europe, le terme de diglossie est souvent utilisé à l’heure actuelle pour dépeindre une situation linguistique conflictuelle, que l’aspect conflictuel soit minimisé et ramené à un phénomène parmi d’autres (pour les linguistes qui étudient le statut linguistique de la Suisse alémanique, par exemple) ou qu’il soit au contraire maximalisé pour devenir la clé de la description des situations diglossiques (par exemple, pour les linguistes qui étudient la situation linguistique en Catalogne cette fois), la composante conflictuelle s’expliquant par le fait que les langues jouent un rôle important dans les conflits identitaires.