Vous êtes ici : 5.2.1 > Diglossie, langues en contact et interférences linguistiques > Langues en contact et interférences linguistiques > Substrat vs superstrat vs adstrat

Substrat vs superstrat vs adstrat

Durant les cinq siècles pendant lesquels le latin et le celtique furent en contact en Gallo-Romania, le celtique, bien que langue dominée, influença la nouvelle langue dominante, le latin (vulgaire). On utilise le terme de substrat dans ce cas, un terme qui désigne la langue qui en influence une autre tout en étant supplantée par cette dernière : dans nos régions, le celtique a bien influencé le latin tout en étant supplanté par le latin.

Ensuite, durant les quatre siècles pendant lesquels le latin et le francique furent en contact, le francique influença de même le latin. Mais on utilise dans ce cas le terme de superstrat, un terme qui désigne une langue qui en influence une autre avant de s’éteindre sans avoir pu la supplanter : dans nos régions, le francique a bien influencé le latin avant de s’éteindre, le latin restant dominant.

De la même manière qu'il faut éviter tout amalgame entre prestige d’un groupe et prestige d’une langue, de même il faut faire attention à ne pas confondre dominance de la langue et dominance d’un groupe :

Il n’y a donc pas de relation à établir entre le caractère dominant d’un groupe et le caractère dominant de sa langue.
Les apports du celtique, substrat, et du francique, superstrat, sont une des caractéristiques qui démarquent nettement le français de toutes les autres langues romanes, c’est-à-dire des autres langues issues du latin. Ces apports sont donc non négligeables en termes d’histoire de la langue comme en termes d’identification d’une nouvelle langue, en l’occurrence la langue française.

Il est intéressant de noter que le celtique et le francique, tout en ayant, l’un et l’autre, laissé leur empreinte sur la langue française, notamment dans le lexique, ne l’ont pas fait dans les mêmes secteurs. En Gallo-Romania, le latin a emprunté au gaulois des termes touchant aux domaines dans lesquels la civilisation gauloise était perçue comme supérieure à la civilisation romaine (l’agriculture, la nature, les techniques de fabrication de la bière, l’habillement ― la chemise, par exemple est un mot et un vêtement gaulois). De la même manière, en Gallo-Romania, le latin a emprunté au francique des termes touchant aux domaines dans lesquels la civilisation franque était perçue comme supérieure à la civilisation romaine (la guerre, l’organisation sociale, la perception des couleurs). Ces zones différentes d’influence du celtique et du francique sur le latin sont des indices de ce que la variation diastratique, c’est-à-dire l’identification d’habitudes linguistiques propres à certains groupes sociaux ou à certaines activités, n’a pas attendu l’essor de la sociolinguistique et le XXe siècle pour se mettre en œuvre et jouer un rôle prépondérant dans l’histoire de la langue française.

Dans ces deux derniers cas de langues en contact (celtique + latin, latin + francique), il y a entre les langues en contact un rapport de langue dominante contre langue dominée qui conduit dans les deux cas à l’effacement d’une des deux langues (le celtique dans le premier cas, le francique dans le second).

Mais qui dit langues en contact ne dit pas nécessairement mort ou effacement d’une langue. Deux langues en contact peuvent s’influencer mutuellement sans qu’aucune des deux ne s’éteigne. On parle dans ce cas d’adstrat.

Il faut noter que dans le cas de l’adstrat, même s’il n’y a pas d’effacement complet d’une des langues en contact, un rapport de force entre les deux langues en contact se maintient généralement (rappelons l’importance accordée au concept de conflit par certains sociolinguistes qui étudient les situations de diglossie), et l’interférence linguistique se produit préférentiellement de la langue la plus prestigieuse, la plus haute, vers la langue la plus basse.