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6.2  Dans la Gaule romaine

Si dans le parcours théorique, nous n’avons rien évoqué de tout ce qui touche à l’installation des Gaulois dans la zone d’éclosion de la langue française, en revanche, la Gaule a été plusieurs fois évoquée, notamment par le biais de sa romanisation. C’est surtout la situation de diglossie née de la romanisation de la Gaule et de sa latinisation qui a été évoquée, la langue du colonisateur romain (le latin) se retrouvant au contact de la langue des colonisés (le celtique) et finissant par évincer celle-ci.

Si on s’intéresse à la situation linguistique de la Gaule romanisée non plus sous l’angle de la diglossie, mais sous celui des usages des différentes langues en présence, que peut-on dire ?

Les choses peuvent se résumer sous la forme d’un tableau :

La situation linguistique de la Gaule romaine

Langue de l’administration latin classique
Langue véhiculaire (latin vulgaire)
Langue du culte latin chrétien
Langue de référence latin classique
Langue d’enseignement latin classique
Langue vernaculaire latin vulgaire (+ celtique)

Commençons par commenter les étiquettes adoptées dans la colonne de gauche du tableau, qui renvoient aux usages de la langue (chapitre 2) :

Ces précisions étant données, intéressons-nous au bas du tableau et à la langue vernaculaire des Gaulois romanisés, ou Gallo-Romains.

Langue de l’administration latin classique
Langue véhiculaire (latin vulgaire)
Langue du culte latin chrétien
Langue de référence latin classique
Langue d’enseignement latin classique
Langue vernaculaire latin vulgaire (+ celtique)

C’est la variété basse du latin qui s’est progressivement imposée en Gaule, au détriment du celtique comme langue vernaculaire, c’est-à-dire comme langue de la communication courante – avec quelques résistances durables du celtique dans les zones montagneuses. Dans tous les autres secteurs – administration, culte, sciences, techniques et culture, enseignement –, c’est le latin classique qui est utilisé dans la Gaule romanisée.

Langue de l’administration latin classique
Langue véhiculaire (latin vulgaire)
Langue du culte latin chrétien
Langue de référence latin classique
Langue d’enseignement latin classique
Langue vernaculaire latin vulgaire (+ celtique)

Le latin chrétien utilisé comme langue du culte était une variante simplifiée et imagée du latin classique (un basilecte, mais moins bas que le latin vulgaire sur l’échelle de prestige).

Langue de l’administration

latin classique

Langue véhiculaire

(latin vulgaire)

Langue du culte

latin chrétien

Langue de référence

latin classique

Langue d’enseignement

latin classique

Langue vernaculaire

latin vulgaire (+ celtique)

Les premiers Gaulois ont appris le latin pour pouvoir commercer avec les Romains installés sur leurs terres : le latin vulgaire était pour eux une langue véhiculaire. Progressivement, ce latin vulgaire a dû passer d’un statut véhiculaire (langue apprise pour communiquer avec les Romains) à un statut vernaculaire (langue utilisée au quotidien par les Gaulois et les Romains dont les liens s’étaient resserrés, notamment par des mariages) avant de devenir la langue maternelle des Gaulois romanisés. En mettant dans le tableau ci-dessus le latin vulgaire entre parenthèses comme langue véhiculaire, on rend compte de ce que le tableau reflète la situation linguistique finale de la Gaule romanisée, c’est-à-dire la Gallo-Romania complètement latinisée, mais durant une grande partie du processus de latinisation, le celtique est resté pendant longtemps la langue véhiculaire des Gaulois.

Langue de l’administration latin classique
Langue véhiculaire (latin vulgaire)
Langue du culte latin chrétien
Langue de référence latin classique
Langue d’enseignement latin classique
Langue vernaculaire latin vulgaire (+ celtique)

Si nous reprenons le tableau dans son ensemble, nous observons que le latin classique occupe dans la Gaule romanisée davantage de fonctions que le latin vulgaire, mais ces fonctions ne touchent en réalité qu’une faible partie de la population : les fonctionnaires et les lettrés. Endossant l’unique fonction de langue vernaculaire, le latin vulgaire n’en est pas moins la langue la plus pratiquée dans la Gaule romanisée, c’est-à-dire une langue majoritaire. Cette remarque n’est pas anodine : dans l’histoire de la langue française, il importe de faire la part non seulement entre les différents usages du français, mais aussi entre les différents degrés de représentativité de ces usages ; nous verrons en effet que les données quantitatives viennent régulièrement corriger l’impression laissée par les données qualitatives.