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Dans la Gaule romaine

Si dans le parcours théorique, nous n'avons rien évoqué de tout ce qui touche à l’installation des Gaulois dans nos régions, en revanche, la Gaule a été plusieurs fois évoquée, notamment par le biais de sa romanisation. C’est surtout la situation de diglossie née de la romanisation de la Gaule et de sa latinisation qui a été évoquée, la langue du colonisateur romain (latin) se retrouvant au contact de la langue des colonisés (les Gaulois) et finissant par évincer celle-ci.

Si on s’intéresse à la situation linguistique de la Gaule romanisée non plus sous l’angle de la diglossie, mais sous celui des usages des différentes langues en présence, que peut-on dire ?

 

Dans la Gaule romaine
Langue de l’administration latin classique
Langue véhiculaire (latin vulgaire)
Langue du culte latin chrétien
Langue de référence latin classique
Langue d’enseignement latin classique
Langue vernaculaire latin vulgaire (+ celtique)

Commençons par commenter le bas du tableau : nous avons vu que c’est la variété basse du latin qui s’est progressivement imposée en Gaule au détriment du celtique comme langue vernaculaire, c’est-à-dire comme langue de la communication courante ― avec quelques résistances durables du celtique dans les zones montagneuses. Dans tous les autres secteurs ― administration, culte, sciences, techniques et culture, enseignement, c’est le latin classique qui est utilisé, le latin chrétien utilisé comme langue du culte n’étant qu’une variante simplifiée et imagée du latin classique (un basilecte, mais moins bas que le latin vulgaire sur l’échelle de prestige). Jusqu’à présent, il n’a pas été question de l’usage d’une langue comme langue du culte ; la langue du culte est une sous-variété de la langue de référence, la transmission de la doctrine religieuse n’étant qu’une forme de transmission d’un savoir parmi d’autres

Pour les premiers Gaulois qui ont appris le latin pour pouvoir commercer avec les Romains installés sur leurs terres, le latin vulgaire a été une langue véhiculaire. Et progressivement, latin vulgaire a dû passer d’un statut véhiculaire (langue apprise par les Gaulois en plus de leur langue maternelle, le celtique, pour communiquer avec les Romains) à un statut vernaculaire (langue utilisée au quotidien) avant de devenir la langue maternelle des Gaulois romanisés. En mettant dans le tableau le latin vulgaire entre parenthèses comme langue véhiculaire, on rend compte de ce que le tableau reflète la situation linguistique finale de la Gaule romanisée, c’est-à-dire la Gallo-Romania, à l’aube de la période des invasions dites « barbares ».

Si nous reprenons le tableau dans son ensemble, nous observons que le latin classique occupe dans la Gaule romanisée davantage de fonctions que le latin vulgaire, mais ces fonctions ne touchent en réalité qu’une faible partie de la population (essentiellement les lettrés) ; endossant l’unique fonction de langue vernaculaire, le latin vulgaire n’en est pas moins la langue la plus pratiquée dans la Gaule romanisée, c’est-à-dire une langue majoritaire.