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6.3  Durant les invasions germaniques

La Gallo-Romania a connu une période de prospérité et de stabilité, jusqu’à la fin du iie siècle, où la vie sociale s’est dégradée.

Vers 275, fuyant les Huns, peuple nomade originaire de l’Asie centrale, des « hordes germaniques » (pour reprendre l’expression consacrée) ont traversé successivement le Rhin et envahi l’Europe. On sait aujourd’hui que ces invasions connues sous le nom d’« invasions barbares » ne furent pas si barbares qu’on le donne à penser (on donne souvent une image sombre du Moyen-Âge, bien à tort), qu’elles ne furent en tout cas pas « barbares » au sens sanguinaire du terme : les « barbares » en question – les Germains – ont certes passé le Rhin pour échapper aux Huns, mais ce n’était pas dans l’intention d’attaquer les populations locales ; ils ont trouvé à s’installer le plus souvent de manière relativement calme, même si voir arriver tout à coup des milliers d’étrangers a nécessairement provoqué des remous au sein des populations. Nous connaissons à l’heure actuelle une situation comparable avec les importants flux migratoires convergeant d’Afrique et d’Asie vers l’Europe : fuyant le terrorisme ou la misère, les migrants sont pour la plus grande part des gens paisibles en recherche d’asile, mais ils sont différents des Européens et leurs différences sont perçues diversement selon les pays et selon les individus ; cela peut donner une idée de ce que les Gaulois ont dû ressentir durant lesdites « invasions barbares ».

C’est donc dans le contexte tumultueux des « invasions barbares » que de nombreuses tribus germaniques se sont installées en Gaule, entre 297 et 451.

Les populations locales de la Gallo-Romania, presque entièrement latinisée à cette époque, se sont ainsi trouvées au contact d’un nombre important de germanophones (qui plus est, de germanophones parlant des langues germaniques différentes), ce qui favorisa une situation de diglossie (latin – germanique), voire de triglossie (latin – celtique – germanique) à l’est de la Gaule, dans les régions montagneuses où le celtique résista plus longtemps au latin, situations linguistiques déjà évoquées dans le chapitre du cours consacré à la diglossie et aux langues en contact (§ 5.1.2.3-4).

La situation linguistique de la Gaule durant la période des invasions germaniques peut donc être synthétisé de la manière suivante :

La situation linguistique durant les invasions germaniques

  Dans la Gaule romaine Durant les invasions germaniques
Langue de l’administration latin classique latin classique
Langue véhiculaire (latin vulgaire) (langues germaniques)
Langue du culte latin chrétien latin chrétien
Langue de référence latin classique latin classique
Langue d’enseignement latin classique latin classique
Langue vernaculaire latin vulgaire
(+ celtique)
latin vulgaire
+ langues germaniques
(+ celtique)

La principale différence d’avec la période antérieure consiste en la coexistence des langues germaniques et du latin vulgaire comme langues vernaculaires (situation de diglossie, voire de triglossie).

Certaines des langues germaniques ont pu être utilisées comme des langues véhiculaires que certains Gaulois ont apprises en plus de leur latin pour communiquer avec les Germains, mais on a vu dans la partie du cours consacrée à la diglossie que les langues germaniques ne se sont pas imposées dans nos régions : le rôle véhiculaire des langues germaniques est ici plus que douteux, raison pour laquelle elles sont entre parenthèses dans notre tableau synthétique.