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Durant la période franque

À la fin du Ve siècle, ce qui subsiste de la Gallo-Romania est un domaine couvrant le nord-ouest du territoire initial de la Gaule ; le reste est occupée par :

Clovis, franc salien, envahit le domaine gallo-romain entre 486 et 507, puis celui des Wisigoths en 507. Il constitue ainsi la région qui sera nommée « Francia » par Marius d’Avenches1 (VIe siècle). Les fils de Clovis y annexent le royaume des Burgondes en 535 :

Les conditions semblent alors réunies pour que le latin parlé en Gaule soit à son tour évincé par un parler germanique, celui des Francs, ou francique, que j’ai évoqué déjà à plusieurs reprises dans différentes parties du cours. Pourtant, le scénario tracé quelques siècles plus tôt avec la langue latine évinçant le gaulois ne se répéta pas. Vous vous souvenez en effet que dans cette situation de diglossie latin – francique, la langue des Francs, dominants, a été évincée au profit du latin, langue des dominés.

La conversion de Clovis au christianisme, en 496, joua sans doute un rôle non négligeable dans le fait que la langue des Francs ne supplanta pas le latin sur l’ancien territoire de la Gaule romaine, les Francs adoptant au moins le latin comme langue du culte. Mais d’autres facteurs sont aussi à prendre en considération :

En d’autres termes, la culture latine fut vraisemblablement perçue par les Francs comme supérieure à la leur ― nous retrouvons ici la dimension de prestige (variation diastratique) et son impact sur l’histoire de la langue (variation diachronique).

On suppose que jusqu’à la fin du IXe siècle une situation de diglossie francique – latin s’établit tant chez les Francs que chez certains Gallo-Romains, comme quelques siècles plus tôt une période de diglossie celto-latine dû précéder l’assimilation des parlers gaulois, l’assimilation linguistique se faisant cette fois au profit de la langue des dominés, le latin, dans sa forme basilectale (latin vulgaire et latin chrétien). Cette situation linguistique de diglossie qui s’étala sur une période de près de cinq siècles, contribua par ailleurs à rompre la relative uniformité du monde linguistique latin (c’est-à-dire de la Romania) ― ce qui ne fut pas sans conséquence par la suite.

Si nous comparons la situation linguistique durant les invasions germaniques et la situation durant la période franque, nous pouvons observer que la situation linguistique durant la période franque n’évolue que peu, le francique des Francs supplante les langues des autres tribus germaniques et rivalise seul avec le latin vulgaire comme langue vernaculaire (situation de diglossie). On peut supposer que pendant toute la période où a duré la situation de diglossie, les Francs ont utilisé le latin comme langue véhiculaire pour communiquer avec les Gallo-Romains et que comme ce fut le cas à l’époque de la latinisation de la Gaule, le latin vulgaire fut pour eux une langue d’abord véhiculaire avant de devenir une langue vernaculaire et quelques générations plus tard, leur langue maternelle. Les autres fonctions sociales de la langue sont toujours assumées par le latin classique, voire le latin chrétien dans le culte :

  Durant les invasions germaniques Durant la période franque
Langue de l’administration latin classique latin classique
Langue véhiculaire (langues germaniques) (latin vulgaire)
Langue du culte latin chrétien latin chrétien
Langue de référence latin classique latin classique
Langue d’enseignement latin classique latin classique
Langue vernaculaire latin vulgaire + langues germaniques (+ celtique) latin vulgaire + francique

 

 

1     Évêque d’Avenches (capitale de l’Helvétie) auteur d’une chronique universelle qui couvre les années 435 à 581.