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6.10  Au XIIIe siècle

Le xiiie siècle a été évoqué au moment d’aborder le concept de langue véhiculaire à travers la personnalité de saint Louis, dans la lignée de notre examen de la langue des poètes dont il vient d’être question.

La sagesse et la diplomatie de saint Louis ont fait que celui-ci a été impliqué dans l’arbitrage de nombreux conflits européens de son époque, faisant de la langue française la langue de la diplomatie européenne, ce que nous pouvons introduire dans notre tableau, en créant une nouvelle catégorie d’usage de la langue, à l’intersection de l’usage administratif et de l’usage véhiculaire (et dans ce cas précis coïncidant avec la langue du roi) :

  Au xiie siècle Au xiiie siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration latin classique
(+ français)
latin classique
(+ français)
Langue de la diplomatie   français
Langue véhiculaire latin classique
+ français supradialectal
latin classique
+ français supradialectal
Langue du culte latin chrétien latin chrétien
Langue de la culture latin classique
+ français supradialectal
latin classique
+ français supradialectal
Langue du savoir scientifique latin classique
+ français supradialectal
latin classique
+ français supradialectal
Langue d’enseignement latin classique latin classique
Langue vernaculaire français dialectal français dialectal

Il faut noter que le prestige de saint Louis et la stabilité politique qu’a connus la France pendant toute la durée de son règne (1226-1270) ont eu d’autres effets sur la situation linguistique de son temps, même si ceux-ci ne transparaissent pas dans notre tableau de synthèse, car dans l’ensemble, la situation linguistique n’évolue que peu entre le xiie et le xiiie siècle.

Ces effets, quels sont-ils ?

D’une part, la situation politique et sociale étant devenue favorable de manière durable, les gens pouvaient recommencer à circuler en toute sécurité et le recours à une langue supradialectale s’est alors étendu à des domaines autres que la littérature ou la diplomatie, parce qu’il permettait de satisfaire de nouveaux besoins en matière de communication.

D’autre part, le prestige de saint Louis était tel que la France est devenue un modèle que le reste de l’Europe cherchait à imiter ; ainsi, en Italie, Brunetto Latini ou encore Marco Polo ont choisi d’écrire (de faire écrire dans le cas de Marco Polo) leurs récits en français – c’est d’ailleurs l’exemple de ces Italiens qui a été utilisé pour décrire le concept de « langue choisie ».

Par ailleurs, l’engagement de saint Louis dans les Croisades a contribué alors à diffuser la langue française à travers tout le bassin méditerranéen, et plus spécialement en Tunisie (saint Louis est d’ailleurs mort à Tunis, des suites de la « peste », c’est-à-dire vraisemblablement de dysenterie ou de fièvre typhoïde).