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Au XVIIe siècle

Dans les chapitres théoriques du cours, la situation linguistique du XVIIe siècle a été évoquée ponctuellement.

Au moment de traiter des langues maternelles, on a vu que le français était à cette époque devenu la langue maternelle de la population de la Nouvelle-France (Canada), en l’absence de toute politique linguistique et alors même que le français n’était pas encore la langue vernaculaire de la population de la France.

Au moment de traiter des minorités linguistiques, a été évoquée la présence de minorités francophones en Inde, qui s’explique par la présence de comptoirs commerciaux français sur toute la route des Indes, comptoirs commerciaux dont l’installation date du XVIIe siècle.

Enfin, au moment de traiter des langues de références, a été évoquée la configuration linguistique un peu surprenante de l’Ile Maurice : la survivance de la langue française, sous une forme créolisée, sur l’ile Maurice, actuelle possession anglaise s’explique en effet par le fait que cette ile fut possession française au XVIIe siècle.

On peut résumer ces différents constats en disant que la langue française s’exporte bien à cette époque et que c’est à cette époque que le concept de francophonie commence à prendre tout son sens.

Mais le XVIIe siècle a aussi été évoqué à plusieurs reprises dans le chapitre consacré à la variation, à travers le nom de Vaugelas et plus généralement à travers le travail entrepris par les Académiciens en vue d’une standardisation de la langue française, standardisation contre laquelle s’élèveront, chacun à sa manière, Furetière et Richelet.

La politique linguistique de l’Académie créée par Richelieu en 1635 et dont Vaugelas est le meilleur symbole vise en effet à purifier la langue française de toute trace dialectale et à la figer dans l’état de perfection qu’on imagine qu’elle a atteint, en prenant comme modèle la langue de « la partie la plus saine de la nation » c’est-à-dire la langue de l’entourage du roi. Il en résulte un recul du français dialectal dans la sphère officielle et dans le domaine de l’usage courant, même si le français dialectal reste nettement majoritaire comme langue vernaculaire à distance de Paris :

Sur un autre plan, la politique de conversion des huguenots entreprise par Louis XIV à partir des années 1660, débouchant en 1685 sur la révocation de l’édit de Nantes (édit de tolérance des huguenots signé en 1598 par Henri IV), réaffirme la primauté du latin comme langue du culte et langue de l’enseignement (seul un enseignement privé en français destiné aux jeunes filles subsiste ponctuellement). Mais à la fin du siècle, un savant comme Fontenelle, va user de la langue française pour transmettre son savoir scientifique, entrouvrant ainsi à la langue française l’une des dernières portes qui lui avaient étaient fermées. Il sera suivi par bien d’autres.

Soit le tableau :

  Au XVIe siècle Au XVIIe siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration français (dialectal)  français
Langue véhiculaire latin classique + français français
Langue du culte latin chrétien + français latin chrétien
Langue de la culture français français
Langue du savoir scientifique latin classique + français français
Langue d’enseignement latin classique + français latin classique
Langue vernaculaire français dialectal français dialectal (+ français)

Dans ce tableau l’apparition du simple mot « français » dans l’usage vernaculaire cristallise ici les objectifs de l’Académie, qui sont loin d’être atteints pour l’époque. En revanche, dans le domaine de l’administration, c’est bien le français non dialectal qui se répand, y compris en dehors des frontières de la France, puisque, prestige de Louis XIV aidant, le français redevient la langue de la diplomatie.