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6.14  Au XVIIe siècle

La politique linguistique menée par François Ier, si elle n’a pas eu un effet immédiat, a contribué à donner un coup de pouce important à l’évolution des statuts de la langue française et à son expansion, comme on peut en juger par la mise en regard des situations linguistiques des xvie et xviie siècles :

La situation linguistique au xviie siècle

  Au xvie siècle Au xviie siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration français (dialectal)  français
Langue véhiculaire latin classique + français français
Langue du culte latin chrétien + français latin chrétien
Langue de la culture français français
Langue du savoir scientifique latin classique + français français
Langue d’enseignement latin classique + français latin classique
Langue vernaculaire français dialectal français dialectal (+ français)

Le xviie siècle a été évoqué à plusieurs reprises dans le chapitre consacré à la variation, à travers le nom de Vaugelas et plus généralement à travers le travail entrepris par les Académiciens en vue d’une standardisation de la langue française, standardisation contre laquelle s’élèveront, chacun à sa manière, Furetière et Richelet.

La politique linguistique de l’Académie créée par Richelieu en 1635 et dont Vaugelas est le meilleur symbole visait en effet à « purifier » la langue française de toute trace dialectale et à la figer dans l’état de perfection qu’on imaginait qu’elle avait atteint, en prenant comme modèle la langue de « la partie la plus saine de la nation », c’est-à-dire la langue de l’entourage du roi.

Il en est résulté un recul du français dialectal dans la sphère officielle et dans le domaine de l’usage courant :

  Au xvie siècle Au xviie siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration français (dialectal)  français
Langue véhiculaire latin classique + français français
Langue du culte latin chrétien + français latin chrétien
Langue de la culture français français
Langue du savoir scientifique latin classique + français français
Langue d’enseignement latin classique + français latin classique
Langue vernaculaire français dialectal français dialectal (+ français)

Dans le tableau, le recours au simple mot « français » dans l’usage vernaculaire cristallise les objectifs de l’Académie, qui étaient toutefois loin d’être atteints pour l’époque : le français dialectal est resté nettement majoritaire comme langue vernaculaire à distance de Paris :

La zone où le français (supradialectal) est compris au xviie siècle

En revanche, dans le domaine de l’administration, c’est bien le français non dialectal qui s’est répandu, y compris en dehors des frontières de la France, puisque, le prestige de Louis XIV aidant, le français redevenait la langue de la diplomatie (il l’avait déjà été à l’époque de saint Louis) :

  Au xvie siècle Au xviie siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration français (dialectal)  français
Langue véhiculaire latin classique + français français
Langue du culte latin chrétien + français latin chrétien
Langue de la culture français français
Langue du savoir scientifique latin classique + français français
Langue d’enseignement latin classique + français latin classique
Langue vernaculaire français dialectal français dialectal (+ français)

Sur un autre plan, la politique de conversion des huguenots entreprise par Louis XIV à partir des années 1660, débouchant en 1685 sur la révocation de l’édit de Nantes (édit de tolérance des huguenots signé en 1598 par Henri IV), a réaffirmé la primauté du latin comme langue du culte et langue de l’enseignement (seul un enseignement privé en français destiné aux jeunes filles subsiste ponctuellement).

  Au xvie siècle Au xviie siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration français (dialectal)  français
Langue véhiculaire latin classique + français français
Langue du culte latin chrétien + français latin chrétien
Langue de la culture français français
Langue du savoir scientifique latin classique + français français
Langue d’enseignement latin classique + français latin classique
Langue vernaculaire français dialectal français dialectal (+ français)

Mais à la fin du siècle, un savant comme Fontenelle va user de la langue française pour transmettre son savoir scientifique, entrouvrant ainsi à la langue française l’une des dernières portes qui lui avaient étaient fermées.

  Au xvie siècle Au xviie siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration français (dialectal)  français
Langue véhiculaire latin classique + français français
Langue du culte latin chrétien + français latin chrétien
Langue de la culture français français
Langue du savoir scientifique latin classique + français français
Langue d’enseignement latin classique + français latin classique
Langue vernaculaire français dialectal français dialectal (+ français)

Fontenelle sera suivi par bien d’autres.

Au moment de traiter des langues maternelles, nos avons vu encore que le français était au xviie siècle devenu la langue vernaculaire de la population de la Nouvelle-France (Canada), en l’absence de toute politique linguistique et alors même que le français n’était pas encore la langue vernaculaire de la population de la France.

Au moment de traiter des minorités linguistiques, nous avons évoqué en outre la présence de minorités francophones en Inde, situation qui s’expliquait par la présence de comptoirs commerciaux français sur toute la route des Indes, des comptoirs commerciaux qui y ont été installés au xviie siècle.

Enfin, au moment de traiter des langues de référence, nous avons évoqué la configuration linguistique un peu surprenante de l’Ile Maurice : la survivance de la langue française, sous une forme créolisée, sur l’Ile Maurice, actuelle possession anglaise, s’explique en effet par le fait que cette ile fut possession française au xviie siècle.

Ajoutons ici qu’au xviie siècle, du fait de la personnalité de Louis XIV, la France est au sommet de son prestige et ce prestige rejaillit sur la langue française, une langue que l’on entend pratiquer dans toute l’Europe, non seulement comme langue de la diplomatie, mais aussi comme langue de culture : toutes les cours d’Europe se piquent d’imiter la cour de France ou d’inviter des lettrés français.

On peut résumer ces différents constats en disant que la langue française s’est bien exportée à cette époque et que c’est au xviie siècle que le concept de francophonie a commencé à prendre tout son sens.