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6.15  Au XVIIIe siècle

La partie méthodologique et conceptuelle du cours n’a pas conduit à l’évocation de la situation linguistique aux xviiie et xixe siècles.

Que pouvons-nous en dire du français au xviiie siècle ?

Au xviiie siècle, la France a perdu progressivement son image de prestige et a cessé d’être le modèle dominant de l’Europe au profit de la Grande-Bretagne, qui est devenue le nouveau modèle que l’Europe voulait suivre. Pourtant, cette perte de prestige de la France n’a pas touché la langue française, qui a continué de s’imposer à l’Europe comme langue universelle, c’est-à-dire comme langue véhiculaire.

Souvenons-nous par exemple de Frédéric II de Prusse et de son engouement pour le français, au mépris de sa langue maternelle ; il sera suivi dans cette voie par de nombreuses personnalités de son époque. Ce constat est important, car il nous montre bien qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre le prestige d’un groupe social (ici une nation) et le prestige de sa langue, l’un et l’autre pouvant évoluer diversement (point déjà abordé au chapitre consacré au prestige linguistique).

Dans un tel contexte, la situation linguistique au xviiie siècle n’a que peu évolué par rapport à celle que l’on vient de voir pour le xviie siècle :

La situation linguistique au xviiie siècle

Au xviie siècle Au xviiie siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration français français
Langue véhiculaire français français
Langue du culte latin chrétien latin chrétien
Langue de la culture français français
Langue du savoir scientifique français français
Langue d’enseignement latin classique latin classique
Langue vernaculaire français dialectal + français français dialectal + français

C’est surtout dans son statut de langue vernaculaire, à l’intérieur même des limites de la France, que le français a gagné un peu de terrain : limité à Paris et aux centres urbains de la région parisienne au xviie siècle, le français a continué de rayonner à partir de Paris et a touché de nouveaux centres urbains, chaque fois un peu plus éloignés de Paris, en même temps qu’à partir des zones urbaines où l’on pratiquait le français, le français rayonnait progressivement vers les campagnes :

La zone francisante au xviiie siècle

Cette situation linguistique nouvelle a été essentiellement favorisée par l’important réseau routier qui s’est mis en place : le français s’est en effet diffusé ainsi plus rapidement et a atteint, notamment par la voie de la presse mensuelle, qui se développait à grands pas, des régions qu’il ne touchait pas auparavant. Les journaux scientifiques, techniques et politiques écrits en français se multipliaient et étaient diffusés jusques dans les provinces – dont il faut se souvenir que la Picardie et la Wallonie faisaient toujours partie. Les écrits en français touchaient ainsi un nombre grandissant de personnes. Cela ne veut pas dire cependant que du jour au lendemain, tout le monde s’est mis à lire le journal et, qui plus est, à le lire en français. Le taux d’alphabétisme restait à cette époque relativement bas (faute notamment d’obligation scolaire). Mais il se trouvait alors dans chaque village quelque lettré qui possédait le journal et qui en faisait la lecture aux villageois qui voulaient bien l’écouter. La presse est ainsi devenue le vecteur de propagation de la langue française en même temps que des idées qu’elle exprimait.

Pourtant dans l’ensemble, on retrouve au xviiie siècle la situation linguistique du xviie siècle, les différences étant plus quantitatives que qualitatives.