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Au XVIIIe siècle

La partie théorique du cours n’a pas conduit à l’évocation de la situation linguistique aux XVIIIe et XIXe siècles.

Qu’y a-t-il à en dire ?

Au XVIIe siècle, par la personnalité de Louis XIV, la France est au sommet de son prestige, un prestige qui rejaillit sur la langue française, une langue que l’on entend pratiquer dans toute l’Europe, non seulement comme langue de la diplomatie, mais aussi comme langue de culture.

Au XVIIIe siècle, la France perd progressivement son image de prestige et cesse d’être le modèle dominant de l’Europe au profit de la Grande-Bretagne, qui devient le nouveau modèle que l’Europe veut suivre. Pourtant, cette perte de prestige de la France ne touche pas immédiatement la langue française, qui continue de s’imposer à l’Europe comme langue universelle, c’est-à-dire comme langue véhiculaire. Ce constat est important, car il nous montre bien qu’il ne faut pas faire l’amalgame entre le prestige d’un groupe social (ici une nation) et le prestige de sa langue, l’un et l’autre pouvant évoluer diversement.

Dans ce contexte, la situation linguistique n’évolue que peu par rapport à celle que l’on vient de voir pour le XVIIe siècle :

  Au XVIIe siècle Au XVIIIe siècle
Langue du roi français français
Langue de l’administration français français
Langue véhiculaire français français
Langue du culte latin chrétien latin chrétien
Langue de la culture français français
Langue du savoir scientifique français français
Langue d’enseignement latin classique latin classique
Langue vernaculaire français dialectal + français français dialectal + français

C’est surtout dans son statut de langue vernaculaire, c’est-à-dire à l’intérieur même des limites de la France, que le français gagne un peu de terrain : limité à Paris et aux centres urbains de la région parisienne au XVIIe siècle, le français continue de rayonner à partir de Paris et touche de nouveaux centres urbains, chaque fois un peu plus éloignés de Paris, en même temps qu’à partir des zones urbaines où l’on pratique le français, le français rayonne progressivement vers les campagnes :

Cette situation linguistique nouvelle est essentiellement favorisée par l’important réseau routier qui se met en place en France : le français se diffuse en effet ainsi plus rapidement et atteint, notamment par la voie de la presse mensuelle, qui se développe à grands pas, des régions qu’il ne touchait pas auparavant. Des journaux scientifiques, techniques et politiques écrits en français se multiplient et sont diffusés jusques dans les provinces ; les écrits en français touchent ainsi un nombre grandissant de personnes. Attention, cela ne veut pas dire que du jour au lendemain, tout le monde se met à lire le journal et, qui plus est, à le lire en français. Le taux d’alphabétisme reste à cette époque relativement bas. Mais il se trouve désormais dans chaque village quelque lettré qui possède le journal et qui en fait la lecture aux villageois qui veulent bien l’écouter. La presse est avant tout le vecteur de propagation de la langue française en même temps que des idées qu’elle exprime.

Pourtant dans l’ensemble, on retrouve au XVIIIe siècle la situation linguistique du XVIIe siècle, les différences étant plus quantitatives que qualitatives.