Chapelle - Chappelle

n. f.

XVe siècle - chez Chiquart

(Recherche et rédaction réalisées par Florian Dieu)

Ici utilisé au pluriel : landiers.

Du latin cappa, 'capuchon', en latin populaire le mot capella signifie : 'lieu où l'on gardait la chape de Saint Martin'1. Il évolue ensuite en chapele, pour définir plus généralement, vers 1080, un 'lieu consacré au culte dans une demeure, un établissement'. Par analogie technique, il définit la 'voûte d'un four'2. Lecoq précise, dans un extrait venant d'un texte de 1561, que la chapelle était un ensemble de landiers servant à faire tourner les broches3. Au regard de la taille des broches ou hastes, les supports de celles-ci, dans les foyers, devaient être assez éloignés les uns des autres, sans doute placés tout contre les parois de l'âtre des cuisines, voir taillés dedans, avec des supports intermédiaires placés pour que les broches ou hastes ne se plient pas. De plus les landiers ou chappelles ne devaient certainement jamais être retirés de ces âtres. En conséquence, il est possible qu'il y ait eu analogie, d'un point de vue nominal, entre les landiers et la voûte du four.

Du point de vue phonétique, entre les mots capella et chapele, le [k] initial, suivi de [a], évolue selon le schéma [k] > [kj] (palatalisation - Ve s.) > [tj] (dentalisation - Ve s.) > [tjsj] (assibilisation - Ve s.) > [tsj] (dépalatalisation de tj - VIIe s.) > [sj] (réduction - XIIIe s.) > [ʃ] (consolidation - XIIIe s.)4, et le [a]final évolue selon le schéma [a] > [ə] (affaiblissement – VIIe s.) > [œ] (labialisation – XVe s.) > / (amuïssement – XVIIe s.)5. L'évolution phonétique du mot, et ses conséquences graphiques, ch- initial et le -e final, nous assure donc sur le fait que le maître queux utilisait bien le français de l'époque et cela nous invite donc à suivre ce modèle pour la prononciation des mots6, bien qu'il utilise parfois des mots d'origine franco-provençale.
Chiquart ne mentionne qu'une seule fois le mot chappelles, au f°15r, dans sa liste des ustensiles nécessaires à la réalisation des mets du banquet, où il nous dit : « .xx. rustisseurs, tant chievres quant chappelles ». Le fait que les chapelles soient associées aux chievres et< rustisseurs nous permet de penser que celles-ci avaient bien, ici, la fonction avancée par Lecoq.

FORMES


1 La chape de Saint Martin de Tours est le manteau qu'il partagea en deux pour en donner la moitié à un pauvre qui mourrait de froid, à Amiens en 337. (http://www.saintmartindetours.eu/personnage/index.html)

2 ROBERT P., Le nouveau Petit Robert : dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2004, s.v. chapelle.

3 LECOQ R., Les objets de la vie domestique : ustensiles en fer de la cuisine et du foyer des origines au XIXe siècle, Paris, Berger-Levrault, 1979, p.62.

4 ENGLEBERT A.,Phonétique historique du français, Bruxelles, Presses Universitaires de Bruxelles, 2008, p.161.

5 ENGLEBERT A., Phonétique historique du français, Bruxelles, Presses Universitaires de Bruxelles, 2008, p. 59-60.

6 Il est, par exemple, intéressant de noter que le [k] + [a], qui donne [ka] en provençal et [ʃa] en français, donne [θa] en franco-provençal (WALTER H., Le français dans tous les sens, Évreux, Éditions Robert Laffont, 1988, p.148.) mais également que le [a] final reste [a] en franco-provençal à moins d'être précédé d'une palatale (WARTBURG W. von, Évolution et structure de la langue française, Berne, A.Francke S.A., 1946, p.82.), ce qui n'est pas le cas pour l'ensemble du corpus étudié du texte de Chiquart.