Le « confiturier » de Nostradamus

Au profane, le nom de Michelet de Nostre Dame n'évoquera probablement rien. Mais il suffit que l'on dise que ledit Michelet se fit connaître au XVIe siècle sous le nom de Nostradamus pour que surgissent, sur fond de controverses, les traits de l'auteur de ces Centuries qui firent couler tant d'encre … et n'ont vraisemblablement pas fini d'en faire couler.

L'interprétation des Centuries reste en effet aujourd'hui encore, en dépit des siècles écoulés depuis leur première parution en 1555, un tel sujet de controverses que même ceux qui sont tout à fait fermés aux débats astrologiques n'y peuvent échapper. Chaque nouvel événement d'importance survenant dans le monde (conflit armé, tsunami, décès d'un grand de ce monde…) semble jeter un éclairage nouveau sur l'une des centuries, ou plusieurs éclairages nouveaux sur diverses centuries… les astrologues ne semblant jamais d'accord que sur un point : Nostradamus l'avait prédit…

Ce qu'on sait moins, c'est que l'auteur des Centuries est au moins aussi controversé que l'interprétation de son œuvre — il est vrai que cette controverse-là est davantage affaire de spécialistes. Le principal point de discussion touche à la légitimité du titre de médecin qu'il revendique.

C'est dans ce contexte qu'il nous a semblé intéressant de faire découvrir au lecteur du XXIe siècle l'Excellent & Moult utile Opuscule, qui parut la même année que ses premières Centuries (une version antérieure, datée de 1542, a été perdue).

Ce texte, voué à des recettes de cosmétiques, d'une part, et à des recettes de confitures, d'autre part, retient l'attention à maints égards.

L'Opuscule est d'abord le témoignage de deux facettes moins connues du personnage de Nostradamus : l'apothicaire et le médecin (car même si certains croient pouvoir montrer qu'il usurpa ces titres, il n'en exerça pas moins les fonctions qui y sont attachées). On y trouve aussi, ça et là, les vestiges d'une formation universitaire (notamment dans la récupération, aux fins d'exemple, des classiques de l'Antiquité), ainsi que les souvenirs de l'expérience traumatisante que fut la peste de Lyon.

La langue du texte est également remarquable. On est loin ici des nébuleuses centuries : le souci de se faire bien comprendre est poussé à l'extrême ; la syntaxe est rigoureuse ; la ponctuation hiérarchise le texte avec une rare limpidité.

Dans l'Opuscule, le personnage mystérieux de Nostradamus le prophète se craquelle pour laisser reparaître Michelet de Nostre Dame…

Source du document : Gallica

Transcription de la partie consacrée aux confitures dans l'édition de Lyon, Antoine Volant, 1551. Pour une transcription intégrale, >>>